Bangladesh : on dirait le sud...

Tandis que nos vieux confrères parcouraient « Le Nord » du pays (qui est devenu à peu de chose près, le nord chti), notre groupe de joyeux lurons s’engageait dans une interminable route du sud.

Dans la camionnette 9 places, Balérie, Biubiu, Cécile, Koto et Nicolas sont guidés par Pincon et conduits par Sultan. En dernière minute, le groupe se verra honorer d’une jeune présence allemande, avec Nina qui profite d’une place laissée libre pour clôturer son voyage de deux mois dans le pays. Les photos de groupes matinales prises, et nos adieux avec le groupe du nord terminé, nous démarrons rapidement vers notre programme…

Si les routes wallonnes sont faites de nids de poules, les routes bengali sont de véritables fromages à trous rendant les trajets beaucoup plus longs que par chez nous. Un exemple ? Ici, pour une trentaine de kilomètres en milieu urbain, comptez deux bonnes heures pour être certains d’arriver dans les temps. Et si en plus vous devez prendre l’un ou l’autre ferry (vous savez, cette grosse planche en métal motorisée sur laquelle montent des véhicules) pour traverser une rivière, comptez un forfait supplémentaire d’attente, excepté si vous représentez une délégation blanche de la plus haute importance !!
A l ‘aide d’une équation simple, vous obtiendrez cette conclusion : si 30km urbains se parcourent en trois heures, comptez en douze pour les 400km ruraux qui vous séparent du reste du pays (si si, c’est logique !). Que l’interminable voyage, commence…
Le décor autour de nous est complètement différent, les rizières occupent tout l’espace des cultures et pour le reste, les petits bazars-villages se succèdent au fil de la route. Les odeurs se succèdent et nous y retrouvons de plus en plus les parfums des poissons que la pêche amène en grande quantité dans ces marchés.

Notre première étape se fait à Doulotdia, le plus grand bordel du Bangladesh. Si dans le groupe, cette destination a pu faire sourire (et peut-être même influencé des choix de sous groupe), l’expérience est assez poignante.
Au bord de la route, nous prenons un chemin de terre, à peine plus étroit que la voiture et longeant une voie de chemin de fer. L’accès est difficile et nous nous attendions plutôt à un centre urbain. Quoiqu’il en soit, c’est bien Doulotdia qui s’ouvre à nous. Un espace délimité par des murs et barrières, offrant quelques petites entrées sur de petits couloirs entre de petites bâtisses servant de maison, de chambre à coucher (au sens propre du terme !), de magasin. Quelques 4000 travailleuses du sexe y sont présentes. Parfois avec leur mari. Parfois avec leur(s) enfant(s).
Elles y sont organisées en petites cours accueillant chacune une quinzaine de maisons, toutes gérées par une « ancienne », qui assure une sorte de protection des filles. Bien que, face à la colère des hommes, certaines n’échappent pas à une brûlures à l’acide ou à l’huile bouillante, où encore à une blessure souvent grave faite avec une arme tranchante. Certaines se montrent. C’est insoutenable.
Pour les aider et les soigner, GK a ouvert juste à côté de ce brothel, un centre de soin. 5 infirmières et un médecin y assurent les soins au centre mais également et surtout au sein même du bordel, en rendant visite aux filles tant que possible. Certains enfants sont pris en charge par une autre ONG pour leur scolarité et des occupations extra-scolaires, tandis que maman travaille… Mais nous constatons de nos yeux qu’encore beaucoup d’enfants (et surtout de filles !!) sont présents aux côtés de leur mère.
L’esprit lourd, ne reprenons alors la route vers le sud où, on nous l’assure, ce que nous allons voir est encore bien pire…

Nous sommes accueillis sur place par Mitra et Akhim, son bras droit. Tous deux sont les responsables locaux pour GK, en charge de la coordination des coopératives et projets mis en place essentiellement dans les zones touchées par le cyclone SIDR, en novembre 2007.
C’est dans un bâtiment du gouvernement, orné de posters du père de la nation et/ou du président du parti en place (qui a parlé de propagande ?), que nous passerons nos deux nuits. Sauf si l’idée de partager une nuit accueillis dans une famille de la catégorie des riches nous tente, ce qui ne semble pas faire l’unanimité de notre groupe d’élites ! Quoiqu’il en soit, c’est une promenade en rickshaw qui clôturera la soirée, après une rencontre à la bougie avec nos hôtes et le président du parti en place (le vrai, pas celui du poster !) ; eh oui, les coupures d’électricité sont fréquentes ici, nous voilà prévenus !

Dès le lendemain matin, le marathon s’enchaîne. Les unes après les autres, nous visitons différentes coopératives du monde rural. Rizières, élevage de poissons, potagers, fermes, ports de pêche, les corps de métiers sont variés pour subvenir aux besoins d’une communauté locale.
Le principe est partout le même : on économise ensemble pour acheter ensemble les moyens de productions afin de récolter ensemble et de se partager les profits. Seul ce dernier point varie sur la méthode : soit les parts sont égales, soit elles varient en fonction de la portion de terre détenue par chacun des membres. CQFD !
Si cela fonctionne et permet de développer une agriculture saine pour la Terre et originale dans son fonctionnement (qui aurait pensé faire pousser des potirons en suspension au dessus des étangs à poissons, pour réduire l’espace et faciliter la cueillette ?), seules les personnes détenant des moyens de base peuvent se permettre de rejoindre une coopération, les pauvres restent donc pauvres, tant que la solidarité ne les englobe pas. Ne jetons pas la pierre, certaines coopératives le font, mais toutes proportions gardées, ce ne sont que quelques 25 taka (comprenez 0,25€) qui sont cotisés chaque semaine pour l’ensemble des plus pauvres du village.
Ceux-ci peuvent survivre en comptant sur l’allocation accordée par l’Etat. 300 taka (3€) sont en effets versés tous les mois sur leur compte en banque qui se trouve en ville ! Doivent donc être déduits les frais de transport pour retirer son argent. Il nous paraît difficile dans ces conditions de nourrir et/ou de loger sa famille quotidiennement…
Si les visites se succèdent à une vitesse assez folle, nous obligeant parfois à délaisser certains mets de nos hôtes et de nous afficher, à notre insu et à notre propre déception, tels des colonisateurs approuvant un travail fait (sic !), l’accueil que nous recevons dans tous ces villages est extrêmement amical, chaleureux et sympathique. C’est certain, la venues de « blancs » (et d’un noir, puisque Koto nous gratifie de sa présence) semble être un événement quelque peu exceptionnel, même lorsque cela se produit informellement sur un ferry ou devant une échoppe.
Dès qu’ils le peuvent, les autochtones nous accordent le peu de mots d’anglais retenus de cours parfois lointains. Des poignées de mains, des sourires, des têtes penchées à gauche, des photos partagées prises à partir de leurs mobiles locaux, tout cela fait partie intégrante de nos rapports sociaux.

Forts d’une expérience riche tant au point de vue associatif qu’humain, notre groupe reprend la route dans l’après midi pour un périple d’une douzaine d’heures dans l’obscurité des chemins du pays. 400km dans l’autre sens, entre bosses, trous, ferry et bus pressés, vivement retrouver nos amis nordistes avec qui nous partageons de nombreux sms. Ces derniers ont réchauffé nos cœurs serrés de quitter ces terres d’accueil où nous nous sentions comme des poissons dans l’eau à partager du local avec les locaux…

Pour le groupe du voyage d’immersion de Solidarité Mondiale « Bangladesh 2010 »,

Bubu avec l’aimable correction de Cécile


Commentaires

  • on dirait le sud...

    3 décembre 2010 19:07
    çà y est, le voyage s’achève pour vous tout doucement certainement avec des images plein les yeux, des émotions plein le coeur, des sons plein les oreilles, des questions plein la tête... Vivement vous revoir pour que vous nous racontiez tout cela. Antoinette
  • Bangladesh : on dirait le sud...

    9 décembre 2010 08:45
    Sympa tes photos du Sud !  :-) AG

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