Bolivie : les entrailles de la terre

Fédération coopérations minières Potosi

Dimanche 27 novembre. Nous avons partagé quelques heures le quotidien des mineurs. Le secteur minier appartenait d’abord au secteur privé. Parmi les propriétaires célèbres, la famille Patino qui fut, au milieu du XXè siècle, la troisième fortune au monde et dont les descendants sympathisent aujourd’hui avec la noblesse et la haute bourgeoisie européenne. Lors de la révolution de 1952, le secteur fut nationalisé. L’Etat bolivien a alors créé la COMIBOL, la société publique des mines de Bolivie. Le secteur minier représentait alors le secteur central de l’économie du pays. La COB, organisation syndicale unique, était, elle aussi, organisée autour de la Fédération des Mineurs. Ces derniers, très combatifs, étaient généralement idéologiquement dans les courants marxistes léninistes ou trotskystes. Après des périodes de dictature, le retour à la démocratie en 1983 fut aussi une période d’emballement de l’inflation, mais aussi de mise en place de recettes économiques néolibérales. Des mines furent fermées et de nombreux emplois perdus. Le Mouvement syndical fut aussi largement affaibli. L’Etat a également laissé la place aux structures coopératives. Ces dernières ne sont pas propriétaires des galeries qu’elles exploitent, devant payer une location à l’Etat.

C’est la fédération des Coopératives de Mineurs de Norte Potosi qui nous a accueillis et nous a permis de descendre, avec eux, durant 1 heure trente dans la mine. Dans cet important centre minier de Llallagua, c’est l’étain que les mineurs cherchent, remontent et trient. Les conditions de travail et d’exploitation du minerai se sont dégradées et sont devenues très pénibles ces dernières années. Paradoxalement, le nombre de mineurs augmente. Deux facteurs jouent dans ce sens : d’une part, l’augmentation du prix des minerais, fixé à Londres et dont bénéficient les coopératives productrices et, d’autre part la faible importance d’autres activités professionnelles pour la population de la région. La mine ou l’agriculture. Il n’y a guère d’alternatives.

La région est montagneuse et désertique. On y rencontre des troupeaux de lamas avec leurs bergers. Mais la terre, dans toute cette région produit de moins en moins. Si les entrailles de la terre permettent d’extraire de précieux minerais, l’exploitation des mines provoque aussi d’importants dégâts écologiques. Un ancien mineur, participant aujourd’hui aux activités pour personnes âgées à Machacamarca, nous confiait que la terre dans la région était polluée de manière très importante. Une pollution des eaux, une pollution du sol et une autre amenée par les vents chargés de particules. Aujourd’hui, nous disait il, il faut creuser au moins 5 mètres pour avoir une terre encore capable de produire des aliments.

Le sous-sol de la Bolivie regorge de richesses. Ces dernières représentent une des sources importantes de financement du pays, même si, nous le verrons, sa place dans l’économie a fortement régressé. La transformation des minerais ou autres matières premières, en Bolivie, est sans doute trop faible. Mais à coté du développement de l’exploitation des mines et de la transformation des minerais extraits, se pose la question de la protection de l’environnement et en conséquence d’autres richesses indispensables pour la population comme celles que lui procure l’agriculture.


Commentaires

  • Bolivie : les entrailles de la terre

    3 décembre 2011 18:44
    Merci pour ce portrait de mineur, on y sent tout le poids de la terre et celui d’une digestion qui se mérite.

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