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Une délégation du MOC en Palestine : "Resist to Exist"

Modifié le: 10/11/2017, 10h49

Au dernier jour du séjour passé en Palestine avec une délégation du MOC, Jacques Debatty, nous confie son "papier d’humeur". Dix jours de rencontres poignantes avec des acteurs de mouvements sociaux palestiniens, des jeunes, des femmes, toutes et tous victimes du conflit israélo-palestinien, souvent privés de leurs droits les plus fondamentaux. Récit d’un séjour empreint d’émotions, de stupéfactions et d’incompréhensions pour le groupe.

Jour de retour vers la Belgique, ce mardi. Pour nous acoutumer à la transition, le ciel est gris et la pluie fut abondante hier soir. La matinée se passera à Bethléem, jusque 11h30’, pour l’embarquement par bus vers Tel Aviv et l’aéroport (et ses formalités).

Programme libre : les uns feront leurs derniers achats, les autres quelques provisions pour se nourrir jusqu’à l’arrivée à Bruxelles vers 20h30’. D’autres peut-être flâneront dans l’hôtel, mettront de l’ordre dans leurs notes ou rédigeront leur courrier. Comme d’autres, la journée de lundi a balancé entre deux extrêmes : le témoignage des formes de violence psychologique et/ou physique à la fois sophistiquées et extrêmes, en particulier à l’égard des enfants d’une part, et de l’autre la merveille du travail artistique de l’école du cirque de Bir Zeit pour sortir les jeunes de l’enfermement dans le quotidien oppressant, avec des moyens qui viennent en grande part de la solidarité internationale, et du travail acharné d’une poignée d’hommes et de femmes.

L’emprisonnement touche par an 700 enfants, surtout des garçons et une minorité de filles. L’arrestation se fait à domicile, au milieu de la nuit, l’enfant tiré de son sommeil entouré de soldats, tandis que les autres membres de la famille sont rassemblés dans une autre pièce, dans l’incapacité totale de résister et de le protéger, sous peine de perdre la vie. Emmené dans le centre de détention, l’interrogatoire commence sans délai assorti de violences physiques (coups, maintien du corps en position de stress,...) et psychologiques dans le but d’obtenir au plus vite dénonciations et signature d’aveux (rédigés en hébreu). Un avocat éventuel ne peut intervenir que par téléphone, sans possibilité d’établir une relation de confiance avec l’enfant. Le premier contact (à distance) avec les parents (sans possibilité de réconfort) se fait lors du procès, qui se déroule en hébreu, sauf les questions directement adressées au prévenu, qui sont traduites.

L’issue du procès est connue d’avance, puisque les aveux sont signés. Reste à fixer la peine d’emprisonnement, de l’ordre de 6 mois, qui s’accomplira dans un centre de détention éloigné du domicile familial. A sa sortie de prison, les amis statufient et emprisonnent le jeune dans sa position de héros, sans que rien ne permette d’exprimer et de travailler les traumatismes subis.


A l’exact opposé de cet enfermement dans le traumatisme et la violence, le travail de l’Ecole du Cirque de Bir Zeit tient du miracle, comme les autres initiatives que nous avons pu rencontrer dans le domaine du théâtre ou de la danse. Le cirque et ce qu’il suppose de déploiement des corps et des esprits ne fait pas particulièrement partie des traditions locales. C’est un long chemin pour gagner la confiance des jeunes, des parents, des populations (même dans les villes les plus conservatrices de Palestine), ouvrir et déployer l’espace mental.

Résister pour exister, et exister pour vivre est le mot d’ordre implicite qui traverse toute la Palestine. Il sous-tend les propos du Secrétaire général du syndicat PGFTU face à la nécessité pour de nombreux Palestiniens de chercher du travail en Israël dans des conditions de rémunération, de déplacement, de déni de droits inacceptables, car la seule alternative sinon serait de quitter la Palestine, ce qui ne chagrinerait pas les Israéliens.

Il n’y a plus de négociations avec Israël, sauf pour régler des aspects pratico-pratiques quotidiens. La présence en Palestine de 600.000 colons juifs, radicaux pour la plupart, dans un réseau de villes-forteresses solidement implantées sur les hauteurs, stratégiquement réparties pour contrôler les ressources aquifères, les ressources agricoles et touristiques de la vallée du Jourdain et le Territoire palestinien dans son ensemble, hypothèque la crédibilité d’une solution à deux Etats.

La seule perspective d’évolution qui retienne l’attention aujourd’hui est le rapprochement/réconciliation (?) entre les composantes politiques dominantes de la Palestine, l’OLP (qui contrôle la Cisjordanie) et le Hamas (qui contrôle Gaza - mais qui n’a pas pour autant disparu de Cisjordanie). Les négociations se poursuivent ce mardi en Egypte, et chacun retient son souffle.

Plusieurs Palestiniens nous ont dit leur intérêt pour le modèle belge de fédéralisme pour faire vivre ensemble deux peuples différents. Michel Warschawski estime qu’il n’est plus pertinent de comparer à l’infini les mérites d’une "solution à deux Etats" par rapport à une "solution à un Etat". Quand les conditions seront mûres, une solution s’imposera d’elle-même, dit-il, comme cela s’est passé pour mettre fin à la guerre d’Algérie.

Cette solution devra se baser sur l’égalité, et la reconnaissance du droit au retour des réfugiés.

En attendant, un seul mot d’ordre silencieux : "Résister pour Exister".
Et exister pour vivre, pas pour mourir.