>
Vous êtes ici:   Accueil > Actualités
NL | EN | ES

Actualités

Facebook Twitter Google + Mail imprimer cet article

Rendre leur dignité aux travailleurs migrants en République Dominicaine

Modifié le: 12/06/2017, 09h50

William Charpantier, Président de la « Fundacion Etnica Integral » (FEI), partenaire de Solidarité Mondiale (WSM) en République Dominicaine, participe pour la première fois à la Conférence Internationale du Travail de Genève, invité pour représenter une coalition d’organisations membres partenaires. Il nous livre ses impressions après quelques jours de travail passés au sein de la commission spéciale établie cette année sur la thématique des migrations de main-d’œuvre.


En direct de la Commission Spéciale sur les migrations de main d’oeuvre de la Conférence Internationale de l’OIT 2017, à Genève, notre chargé de plaidoyer politique, Santiago Fischer, nous livre l’interview de William Charpantier, représentant de notre partenaire syndical FEI de République Dominicaine.

Voici :

William, quel bilan pouvez-vous tirer après trois jours de conférence ?

Je suis très satisfait de participer à cette conférence, car cela me donne la possibilité de rendre visible la réalité vécue par les travailleurs migrants en République Dominicaine, thématique portée par mon organisation. Au côté de WSM et de l’ACV-CSC, j’ai pu intervenir plusieurs fois au sein du groupe des travailleurs de la commission afin de transmettre mes préoccupations quant au traitement réservé à cette catégorie de population dans mon pays. Je pense que notre vision spécifique, émanant de la société civile, a plu aux autres participants car cela a enrichi les débats avec des réalités locales.

Quelle est l’origine de la migration en République Dominicaine ?

Historiquement, les migrants viennent d’Haïti afin de travailler dans les plantations de canne à sucre. C’est migration a réellement débuté en 1919, dopée par un accord entre les deux pays. D’abord voulue comme temporaire, la migration s’est transformée peu à peu. Les migrants se sont installés durablement dans des communautés agricoles frontalières et ont fondé des familles. Ils n’ont jamais disposé de papiers d’identité dominicain et ils ne possèdent parfois même pas de papiers haïtiens. Lorsque la production de sucre de canne a commencé à décroître au début des années nonante, les migrants ont tout naturellement commencé à bouger pour trouver d’autres sources de revenus, parfois dans d’autres exploitations agricoles mais surtout dans les villes, pour travailler dans l’informalité par exemple comme vendeur de jus de fruit, travailleur domestique, chauffeur de taxi, etc. À partir de ce moment-là, leur présence a été rendue davantage visible.

Il y a donc une grande partie de la population qui ne dispose pas de titre d’identité légal ?

Oui, tout à fait. Il y a près d’1 million de personnes qui attendent d’être régularisées, sur une population de 10 millions ! C’est pour cela que tous les efforts de plaidoyer de la FEI sont orientés vers la mise en place d’un vaste programme de régularisation des sans-papier. Grâce au travail mené avec d’autres partenaires associatifs mais aussi les syndicats, nous avons obtenu en 2014 que ce plan soit établi par le gouvernement. Malheureusement, il n’a été mis en place que pendant 18 mois, alors qu’il devrait être permanent, tant la détresse de ces populations privées de leurs droits civiques est criante. À peine 60 000 personne ont bénéficié de ce programme. C’est bien trop peu ! Nous avons aussi relayé cette préoccupation ici, à Genève.

Quels sont vos alliés dans vos actions de plaidoyer au quotidien ?

Nous travaillons étroitement avec le syndicat de la CASC, un autre partenaire de WSM. Grâce à lui, nous avons pu faire remonter des préoccupations des travailleurs migrants au niveau du dialogue social réalisé avec les autorités et les employeurs au niveau national. Cela a été le cas à propos de la revendication portant sur l’accès au régime de sécurité social de ces populations. Et cela a fonctionné : un décret consacrant le droit inaliénable des migrants à la protection sociale a été approuvé en novembre 2016 à la suite du travail de pression que l’on a mené ! La CASC a toujours intégré la problématique des travailleurs migrants dans son travail quotidien, sans discrimination aucune pour cette population. C’est un allié fidèle.

Quelles sont les autres activités que vous menez ?

Nous travaillons surtout sur le terrain, dans les localités qui accueillent de nombreux migrants sans-papier. Nous menons des activités de sensibilisation et d’information sur leurs droits. Nous les aidons également à s’unir et s’organiser pour mieux revendiquer leurs droits. C’est essentiel, car c’est par la mobilisation citoyenne que nous établirons un rapport de force !

Revenons à votre présence à Genève, à l’occasion de la Conférence Internationale du Travail.

Qu’est-ce qui vous a le plus interpellé lors des débats menés sur la migration du travail ?

J’ai été positivement étonné du consensus qu’il y avait entre travailleurs, employeurs et États sur la contribution positives des migrants aux économies, que ce soit pour les pays de départ, comme de destination de ces personnes. Tout le monde était unanime pour reconnaître leur apport dans la production de richesses et la croissance. Cette prise de conscience est fondamentale, car elle rend possible un accès de ces populations à leurs droits sociaux. C’est un message que nous devons tous ramener chez nous et diffuser pour rompre avec les messages xénophobes et violents qui tendent à nous faire croire que les migrants ne sont qu’un poids pour nos économies.

Qu’attendez-vous comme résultats concrets de cette discussion sur les migrations ?

Nous voulons que l’OIT lance un message clair aux États : les deux conventions clés (Conventions 97 et 143) visant à protéger les migrants doivent être ratifiées par les autorités ! Nous voulons que l’OIT lance une campagne mondiale pour sensibiliser sur la nécessité de mieux protéger ces populations vulnérables. La République Dominicaine n’a pas ratifié ces normes. Si elle le faisait, l’OIT pourrait superviser leur application et ainsi recommander aux autorités de mener une campagne permanente de régularisation, seule façon, selon la FEI, de rendre leur dignité aux travailleurs migrants haïtiens.

Santiago Fischer