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Qatar 2022 : plus de morts sur les chantiers que de joueurs dans les stades ?

Modifié le: 29/11/2013, 14h01

Lettre ouverte aux Diables Rouges, à leurs supporters, à l’Union belge de football, au gouvernement belge, aux entreprises belges actives au Qatar. Vous aussi, agissez : signez et relayez la pétition mondiale sur www.rerunthevote.org.

Chers Diables Rouges,

Il est inhumain de jouer au football en été au Qatar. Voilà ce qu’affirmait en substance Joseph Blatter, président de la FIFA, le 25 août dernier. Nous partageons cet avis car, même si vos performances remarquables de ces derniers mois (encore bravo pour l’Ecosse !) pourraient nous laisser croire que vous êtes surhumains, il parait difficilement concevable d’exercer votre métier sous des températures pouvant atteindre plus de 50°C. D’ailleurs, peu à peu des voix s’élèvent, au sein et en dehors de la FIFA, pour que cette dernière revoie le choix du Qatar pour la coupe du monde 2022.

Ces voix retiennent toute notre attention pour deux raisons : d’une part car nous ne doutons pas de votre qualification pour 2014, 2018 et 2022, et il nous tient à cœur que vous bénéficiiez de bonnes conditions de travail, d’autre part, et ici réside selon nous l’enjeu principal, car le Qatar ne respecte pas ses engagement en matière de droits fondamentaux et permet la réduction en esclavage de milliers de travailleurs, et ceci sur les chantiers des futures infrastructures de la coupe du monde. Si nous sommes inquiets pour votre santé, comment ne pas s’inquiéter du sort des milliers d’ouvriers qui travaillent à la construction de ces stades, 15 heures par jour, 6 jours par semaine, sous 50°C, et qui meurent par centaines à force d’épuisement ou d’accidents de travail ?

Pour mieux comprendre notre préoccupation, permettez-nous de rappeler la réalité très particulière du Qatar. Le Qatar ne compte que 250.000 citoyens qataris pour 1,2 millions de travailleurs migrants. Les Qataris gagnent en moyenne plus de 7.000$ par mois, contre 192 $ pour les ouvriers du bâtiment. Ces derniers décident, pour la plupart, de venir travailler au Qatar sur base de promesses salariales mensongères, et, pour 86% d’entre eux, c’est leur employeur qui détient leur passeport et peut leur interdire de quitter le Qatar. Ils sont donc des centaines de milliers à vivre une situation de travail forcé, d’esclavage des temps modernes, ce qui est bien sûr contraire aux droits internationaux du travail les plus fondamentaux. Tous ces travailleurs migrants sont cloîtrés dans des campements isolés et sont interdits d’accès aux magasins, restaurants et autres lieux publics. Ils ne peuvent changer d’emploi sans la permission de leur employeur. Le départ – même pour cause d’abus – est passible de prison ou de déportation. De plus, le taux de mortalité des ouvriers de la construction est jusqu’à huit fois plus élevé au Qatar que dans d’autres pays riches. Ainsi, plus de gens mourront en construisant l’infrastructure du Mondial qu’il n’y aura de joueurs en compétition.

Les plus touchés par ces pratiques d’un autre âge sont des ouvriers, mais de graves abus touchent aussi des travailleurs qualifiés et des footballeurs professionnels. Citons le témoignage d’un travailleur philippin, qui pensait travailler dans la création architecturale, avait signé un contrat pour 3.300$ par mois et se retrouve à travailler comme ouvrier 60 heures par semaine pour 260$ mensuels, et se voit interdire de quitter le pays. Ou encore Abdeslam Ouaddou, footballeur franco-marocain, plusieurs fois sélectionné dans l’équipe du Maroc, qui avait été recruté dans un club qatari sous un contrat jusque 2015. Ce club a décidé de rompre unilatéralement son contrat et n’a pas payé le salaire qui lui était dû. Il a finalement quitté le Qatar sans avoir perçu son salaire. D’autres sont toujours bloqués là-bas, comme Zahir Belounis, privé de salaire depuis 21 mois. [1]

Avant d’être un divertissement ou une affaire d’argent, le sport est vecteur de valeurs et, parfois comme en Belgique, de cohésion sociale et nationale. La FIFA le dit elle-même : Nous pensons qu’il est de la responsabilité de la FIFA de prôner l’unité au sein de la communauté footballistique et d’utiliser ce sport pour promouvoir la solidarité par-delà les sexes, les ethnies, les religions ou les cultures. [2] La communauté footballistique belge peut-elle se rendre complice d’un gouvernement esclavagiste, qui méprise la vie humaine et les droits humains les plus fondamentaux, en ne prenant pas position et en acceptant une coupe du monde au Qatar dans de telles conditions ? A notre avis, non. Il est encore temps de sortir de l’indifférence, mais il faut jouer collectif.

C’est pour cela que nous, syndicats et ONG, adressons un message précis à toutes celles et ceux qui peuvent, à leur niveau, participer à l’action et, peut-être, contribuer à sauver des centaines de vies.

Aux Diables Rouges : à vous qui représentez dignement notre pays d’un point de vue footballistique, nous demandons de représenter également nos valeurs en adressant, avec l’Union belge de football un message clair à la FIFA : soit le Qatar fait respecter les droits fondamentaux des travailleurs (il en a largement les moyens), soit la FIFA doit revoter et attribuer le Mondial 2022 à un autre pays.

Aux supporters : après avoir relevé avec brio les défis des Diables, lancez-leur un défi à votre tour avant les matchs contre la Croatie et le Pays de Galle : signez et relayez la pétition mondiale sur www.rerunthevote.org.

Au gouvernement belge : le parlement a approuvé en 2012 un traité visant à promouvoir les investissements belges au Qatar. Cet accord contient une clause sociale, censée promouvoir les normes fondamentales du travail, dont l’élimination du travail forcé. Soit cette clause est utile et nous vous demandons d’entreprendre au plus tôt les démarches pour que le gouvernement qatari et particulièrement les investisseurs belges au Qatar respectent ces droits fondamentaux, soit cette clause ne permet aucune démarche efficace en la matière et il est grand temps que le gouvernement propose un texte renforcé mettant ce type de traités au service des droits humains des travailleurs.

Aux investisseurs belges présents au Qatar, en particulier les entreprises qui ont remporté des contrats de plusieurs dizaines de millions de dollars dans la construction de stades, hôtels de luxe et extension d’aéroport : pouvez-vous garantir que les chantiers sur lesquels vous travaillez ne sont pas le théâtre des pratiques esclavagistes décrites ici ?

Par ailleurs, nous souhaitons vous inviter tous à participer avec nous à un petit match de foot amical qui sera mis en scène devant le siège de l’URBSFA à Bruxelles ce lundi 7 octobre à 11h00 [3], à l’occasion de la journée mondiale du travail décent, afin de porter haut, avec vous, ce message : pas de Mondial sans respect des droits humains fondamentaux des travailleurs !

Pour la coalition belge pour le travail décent,

Signataires : Marc Leemans, Président, CSC ; Rudy de Leeuw, Président, FGTB ; Bernard Noël, Secrétaire National, CGSLB ; Arnaud Zacharie, Secrétaire Général, CNCD-11.11.11 ; Bogdan Vandenberghe, Directeur Général, 11.11.11 ; Andre Kiekens, Secrétaire Général, Solidarité Mondiale ; Xavier Declercq , Directeur du Programme Nord, Oxfam Solidarité ; Carole Crabbé, Secrétaire Générale, achACT ; Alain Coheur, Président, Solidarité Socialiste ; Pierre Santacatterina, Directeur Général, Oxfam-Magasins du monde

[3Avenue Houba De Strooper 145, à 1020 Bruxelles