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Brésil : on se bouge avec les travailleurs brésiliens !

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Pressés comme des oranges !?

Modifié le: 26/06/2014, 11h54

Oranges

Dans la récolte des oranges comme dans la construction des stades de la Coupe du Monde, les travailleurs brésiliens sont « pressés comme des oranges » ! Le Brésil est le plus grand producteur d’oranges au monde, responsable à lui seul d’un tiers des oranges, plus de la moitié du jus d’orange et plus de 80 % du concentré de jus d’orange. Un jus d’oranges au goût amer : malgré les milliards de dollars générés par cette industrie, les cueilleurs d’oranges à l’avant-poste de la récolte ne reçoivent que les miettes des profits engendrés.

Récolter en moyenne 60 sacs d’oranges de 40 kg par jour, tel est le quotidien des ouvriers dans les orangeraies de l’Etat de Sao Paulo au Sud-est du Brésil. C’est ici que pousse une grande partie des oranges que l’on trouve sur le marché mondial.

Un tiers des oranges, plus de la moitié du jus d’orange et plus de 80% du concentré de jus d’orange du monde viennent en effet du Brésil.


Et le centre de production dans l’Etat de Sao Paulo est connu pour être une des régions les plus riches d’Amérique Latine, avec des moyennes de PIB par habitant comparables à certaines régions d’Europe.

Mais ceci ne vaut pas pour les cueilleurs d’orange… Payés au kilo, ceux-ci doivent récolter environ 2 tonnes par jour pour avoir un revenu à hauteur du salaire minimum légal, qui est de 9 euros par jour, soit 260 euros par mois. Un montant qui ne couvre même pas les besoins de base, car pour vivre des revenus du travail, il faut au moins 14 euros par jour. Conséquence directe, les travailleurs s’endettent auprès de ceux qui les emploient, souvent sous statut saisonnier. Des 238 000 travailleuses et travailleurs dans les plantations d’oranges de l’Etat de Sao Paulo, seuls 58 000 avaient en 2011 un contrat fixe. Comme la plupart des cueilleurs viennent des régions du Nord-est du Brésil, à environ 3000 kilomètres des plantations de Sao Paulo, la spirale de l’endettement est encore plus importante : les travailleurs reçoivent en effet de leur employeur un logement et de l’alimentation, mais ces prestations leurs sont décomptées de leurs revenus, souvent à des tarifs exorbitants. Il n’est pas rare que des travailleurs s’endettent à hauteur de 4000 à 5000 euros en quelques mois. ‘La dépendance économique et psychologique des travailleurs est immense’ dénonce l’avocat Marcio Bortolucci, qui accompagne le syndicat de base de cueilleurs d’orange STERPiratininga. Il n’hésite pas à parler de travail forcé, voire d’esclavage.

Qui sont ces employeurs ? Il s’agit généralement d’entreprises sous-traitantes des multinationales Citrosuco, Cutrale et Louis Dreyfus qui contrôlent la chaîne de production de jus d’orange. Leur position sur le marché leur permet d’exercer une pression sur les prix et les accords entre concurrents sont fréquents. ‘Au début de la récolte, les entreprises s’accordent sur les prix qu’ils payeront aux producteurs pendant l’année’ explique Flavio Viegas de Tendenz qui observe de près la filière.

En 2012, de grandes entreprises du secteur ont bien été condamnées par l’état brésilien pour formation de cartels. Et il y a tout juste un an, des entreprises telles que Citrosuco et Cutrale ont été condamnées à une astreinte de 160 000 euros pour avoir systématiquement sous-traité l’emploi dans le secteur, ce qui ne signifie pas que les pratiques aient cessé depuis lors.

Le centrale des employés et des services publics allemande Verdi et l’initiative chrétienne Oscar Romero, qui ont mené une enquête approfondie sur le sujet avec les syndicats de base du secteur au Brésil, concluent que l’enchevêtrement des dépendances et d’exploitation ne se limitent pas au Brésil, mais concernent toute la chaîne de production, jusqu’à la commercialisation, notamment en Allemagne. Là-bas, les acteurs syndicaux observent une concentration de plus en plus importante, avec de moins en moins d’entreprises d’embouteillage de jus, mais qui font des bénéfices exorbitants. Des entreprises où les conditions de travail ont par ailleurs empiré de façon dramatique ces dernières années, avec des salaires dans la vente qui tournent souvent entre 5 et 7, 5 euros de l’heure.

Certes, le consommateur a toujours le choix de préférer des alternatives comme des jus issus du commerce équitable, mais la portée des produits équitables, dans un marché de plus en plus libéralisé, reste évidemment limitée.

La voie à privilégier reste le respect de normes fondamentales de travail, avec une régulation et des mesures contraignantes.


Les futures négociations commerciales entre l’Union européenne et le Brésil (et plus largement, avec le Mercosur, marché commun regroupant le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Venezuela) doivent contribuer à résoudre ces situations totalement inacceptables. Le travail décent doit être au centre des relations entre nos pays. Mettons la pression sur nos dirigeants européens en ce sens... Signez la pétition sur www.pressescommedesoranges.be !

Thomas Miessen, service international CSC

En savoir plus sur le marché du jus d’oranges et les conditions de travail désastreuses des cueilleurs d’oranges au Brésil ?

PDF - 1.4 Mo
Rapport "Orange Juice : no regard for labour rights ?"

Consultez le rapport "Orange juice : no regard for labour rights ?" (en anglais)