Bangladesh : Lost in Translation
Conseils de Routard
Lorsque vous débarquez au Bangladesh, un phénomène particulier attire rapidement votre attention : il ne sera pas évident de comprendre aisément votre interlocuteur, non que ce dernier s’exprime en bangali, mais plutôt parce que la prononciation de certains termes ne correspond pas exactement à la langue de Shakespeare.
Ainsi, parmi une liste innombrable de mots dont l’interprétation est encore sujette à débat au sein de l’équipe de voyageurs, nous pouvons citer les exemples suivants : « campus » se prononce régulièrement « compas », « nurses » devient quelque chose ressemblant vaguement à « noses », « rickshaw » reste toujours une énigme pour nous, le déjà mythique « chop suey » développe une sonorité se rapprochant du prénom « josly » tandis qu’il nous a fallu un peu plus de temps pour comprendre que « di bis » signifiait « the beach ». De plus, cet accent particulier peut s’accompagner d’un débit rapide ou d’un volume sonore trop peu élevé, voire d’un léger machouillement rendant la tâche de compréhension particulièrement complexe.
On notera également qu’un simple moment d’inattention dans une conversation vous amène à perdre totalement le fil de cette dernière. Cet aspect provoque régulièrement des réunions de crise entre voyageurs afin de mettre en commun les infos collectées, et de définir une proposition consensuelle de traduction. Une chose est sûre, ceci ne facilite pas la tâche des journalistes étrangers obligés de recouper sans cesse les informations (n’est-ce pas Philippe ?). Cette situation se produit notamment si vous essayez de retenir le nom de votre hôte bangladeshi, voire, pour les plus doués, si vous tentez de saisir le détail des tâches spécifiques de son travail.
Néanmoins, avec un peu d’imagination, on peut percevoir un intérêt certain pour l’usage de cette langue dans le cadre de réunions internationales, ou pourquoi pas pour le règlement du contentieux communautaire en Belgique. En effet, afin d’avancer sur des dossiers épineux tel BHV, nous pourrions conseiller aux différents responsables politiques de notre pays d’utiliser l’anglais version bangla dans les colloques singuliers. Les différentes interprétations possibles de chaque terme permettant à chacun de revenir vers sa communauté en présentant une version avantageuse d’un projet d’accord âprement négocié. Malgré l’éloignement, il semblerait que le barnum politique belge hante toujours nos pensées.
Nous pouvons encore écrire quelques lignes sur le fait que la langue n’aura été qu’un des nombreux sujets d’interrogation pour la délégation belge. Ainsi, les gestes communément posés en Belgique peuvent entraîner une réaction inattendue : un pouce levé n’aura pas au Bangladesh la même signification que dans nos contrées, et il vaudra mieux vous abstenir d’effectuer ce signe sous peine de voir votre interlocuteur marquer un étonnement des plus profonds. De même, si vous souhaitez saluer votre collègue bangladeshi en respectant les coutumes locales, vous devez mettre en place tout un stratagème consistant en un léger dodelinement de la tête, un regard anéanti, ainsi que d’avoir les sourcils levés vers les cieux,… En répétant mille fois ce geste, vous commencerez alors à maîtriser votre sujet.
Nous devons cependant reconnaître que les difficultés d’interprétation rencontrées tout au long de ce séjour ne nous ont pas fait perdre le Nord, et qu’au contraire, elles n’ont fait que confirmer notre attachement au Sud. Après mûre réflexion, nous prenons l’engagement de réaliser sous peu un guide de conversation bangali qui devrait vous permettre de faciliter votre immersion dans la culture locale. Rendez-vous prochainement dans toutes les librairies spécialisées.
Pour l’équipe de voyageurs,
Julien, Franck, Nicolas
