Travail décent, Vie décente

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"Les travailleurs ne sont pas des outils, il est temps d’enfoncer le clou"

Modifié le: 9/09/2009, 14h29
Après une première approche du travail décent avec le slogan « les travailleurs ne sont pas des outils » et un visuel choc de boîte à outils « humaine », la coalition « Travail décent » remet le couvert et amplifie la campagne avec un nouveau leitmotiv « il est temps d’enfoncer le clou ». Car le travail décent est une réponse adéquate et durable à la crise financière et économique qui frappe la planète de plein fouet.

Alors que des millions de « working poors » paient directement la crise via le chômage économique, l’endettement ou encore l’expulsion de logements, les dirigeants des grands groupes financiers et des grandes entreprises transnationales se voient octroyer encore « bonus » et « parachutes dorés ». A la maximisation des profits répond ainsi l’explosion des inégalités. C’est tout un système de course aux profits sans limite qui s’effondre sous nos yeux. C’est une crise systémique et mondiale. La crise des pays industrialisés débouche sur une grave crise économique et sociale dans les pays en développement, pourtant déjà frappés depuis des mois par la crise alimentaire.

Il faut donc sortir de la crise. Or, pour en sortir durablement, les gouvernements ne peuvent se limiter à éteindre l’incendie financier à court terme en socialisant les pertes des banques et des entreprises. Il faut surtout définir un nouveau système de régulation internationale et promouvoir un modèle de développement fondé sur la mondialisation du travail décent. En effet, le travail décent s’appuie sur un quatuor indissociable : garantir un emploi librement choisi, suffisamment rémunéré, accompagné des droits syndicaux et doté d’une protection sociale. Il représente donc une sorte de « plancher universel » pour fixer des limites à la course à la compétitivité mondialisée. Ce sont la les conditions de base à garantir à tout citoyen du monde pour éviter que les travailleurs ne prennent la forme d’outils au service de la sphère privée, qu’elle soit économique ou financière.

Il est temps d’enfoncer le clou !

Ce nouveau système dont une des pierres angulaires est la mondialisation du travail décent, doit avoir à cœur de réguler les acteurs privés que sont les entreprises transnationales et les opérateurs financiers afin que leurs activités permettent un développement durable, humain et solidaire. Et cela passe par la régulation à tous les niveaux. Du local au global, en passant par le régional.

Réguler les acteurs privés, c’est accepter de subordonner les politiques commerciales et d’investissement au respect des normes internationales du travail régies par l’OIT et rendre contraignant le respect de ces normes par les entreprises transnationales et leurs filiales.

Réguler les acteurs privés, c’est réguler le système financier international afin d’impulser des politiques créatrices d’emplois décents.

Réguler les acteurs privés passe par des instruments et des mécanismes légaux que les gouvernements nationaux, régionaux et internationaux doivent réfléchir, écrire, adopter et implémenter.

A nous de les faire infléchir ! A nous de commencer par la Belgique et l’Europe. Et comme cela prendra du temps, il va falloir taper plusieurs fois pour enfoncer le clou ! A commencer et commencé à Esperanzah !

Quels clous enfoncer ?

Cette année, le travail de sensibilisation, d’information et de lobby se concentrera autour de cette principale revendication « réguler les acteurs privés » qui exige :

  • Une loi belge qui oblige à faire preuve de transparence sur le type de travail ayant permis de fabriquer ce que nous achetons et dans quelles conditions : Du travail décent ou de l’exploitation ? La loi devrait imposer aux entreprises présentes sur le territoire belge de rendre publiques les conditions de travail dans lesquelles elles produisent. Et ce pour toute la chaîne de production, en ce compris les sous-traitants et les fournisseurs, qu’ils exercent en Belgique ou à l’étranger. Cette loi belge doit s’inscrire dans une initiative européenne du même type.
  • Des politiques européennes promouvant le travail décent : Dans ses politiques, l’Europe doit mettre fin au credo du tout au profit, au commerce et à la compétitivité et se concentrer sur la création d’emplois décents sur son territoire et dans le reste du monde. Cela passe notamment par une révision radicale de la stratégie européenne d’emplois, une approche différente de sa politique commerciale externe ou encore par un cadre pour assurer la traçabilité sociale des produits et comportements des entreprises européennes.
  • Des accords d’investissements et de commerce respectueux du travail décent : La Belgique et l’Union européenne doivent obliger les entreprises, dans le cadre de leurs politiques de commerce et d’investissements, à respecter les normes fondamentales du travail, et doivent soutenir et stimuler les Etats tiers pour rendre ces normes contraignantes.
  • La remise en cause de la logique de flexibilité des institutions financières internationales : Le FMI et la BM doivent changer radicalement leur approche et veiller à ce que leurs politiques promeuvent le travail décent comme base du développement. En effet, ces institutions sapent les mécanismes de protection des travailleurs, en exerçant des pressions sur les pays pour qu’ils flexibilisent leur législation du travail. Ces institutions doivent donc abolir toute conditionnalité relative à la dérégulation du marché du travail des pays en développement et promouvoir des politiques créatrices d’emplois décents.
  • L’éradication de la spéculation financière : Ce sont les travailleurs qui paient l’addition de la crise financière. Plus de 40 millions d’emplois seront perdus d’ici la fin 2009, au Nord comme au Sud, en raison de la spéculation financière, elle-même génératrice de crises en cascade. Des mesures doivent impérativement être prises pour enrayer spéculation et crise financières : élimination des paradis fiscaux, réglementation des fonds d’investissement, etc. Ces mesures doivent être coordonnées au niveau européen et international.