Crise Politique en Guinée : nos articles

Une page se tourne en Guinée

Les 22 et 23 décembre 2008, la Guinée a tournée une page de son histoire longue de 24 années.

Comme nous l’avons tous appris, en cette période hivernale et de fin d’année 2008, la Guinée qui traverse une situation socio-politique tourmentée depuis début 2006, a tourné la page de son histoire de ces 24 dernières années._

Que s’est-il passé (en grandes lignes) et quelle est la situation aujourd’hui ?

Les 19, 20 et 21 décembre 2008, les rumeurs courent à Conakry et au-delà des frontières de la Guinée, faisant état de la mort du Chef de l’Etat, le Général Lansana Conté et Chef des armées, au pouvoir depuis le 3 avril 1984 (24 ans de règne). Le pays s’agite, la peur de l’incertain et du lendemain gagne les esprits des Guinéens et la patience s’impose.

Le 22 décembre à 1heure du matin, la nouvelle du décès du Président est annoncée par le Président de l’Assemblée nationale. Le 23 décembre, l’armée s’empare du pouvoir en créant un Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) avec à sa tête le Capitaine Moussa Dadis Camara, assurant aussi la fonction de Chef d’Etat.

Les nouveaux dirigeants militaires annoncent la suspension du gouvernement en place, la dissolution de la constitution et de l’Assemblée nationale, l’interdiction des activités politiques et syndicales, la nomination des dirigeants militaires aux postes des entités étatiques décentralisées (régions et provinces).

Le 25 décembre, l’intersyndicale CNTG, USTG, ONSLG et UDTG se réunit et fait une déclaration :

  • qui prend acte du changement de la prise effective du pouvoir par l’armée,
  • qui remet la junte devant sa responsabilité de suspendre les activités syndicales en violation des conventions 87 et 98 de l’OIT alors qu’elle garantissait dans sa déclaration le respect conventions internationales signés par la Guinée (ONU, Union Africaine et CEDEAO).
  • qui demande au CNDD de restaurer un Etat de droit, de garantir une justice pour tous (tueries 2006 et 2007), de réviser les conventions minières, de lutter contre l’impunité, la drogue, la corruption, les divisions ethniques, de poursuivre les prédateurs des ressources du pays et d’instaurer un dialogue politique avec tous les acteurs pour construire un processus de changement.

Le 26 décembre, les obsèques nationales du président défunt sont organisées par les nouveaux dirigeants. L’ancien Président est accompagné avec honneur et Dignité.

Le 27décembre, le CNDD rencontre les partis politiques, les syndicats, la société civile, et les chefs religieux. Le nouveau Président déclare :

  • une guerre ouverte et sans pitié contre la corruption, le détournement des deniers publics.
  • la suspension des contrats miniers actuels et leur renégociation,
  • l’organisation des élections présidentielles en décembre 2010 ;

Il demande aux partis politiques et aux acteurs invités, de lui faire des propositions concrètes de projet de société (pour éviter que ces partis ne le taxe de dictateur dans les mois qui viennent).

Le 30 décembre, nomination d’un premier ministre, M. Kabinet Komara (qui avait été proposé parmi ceux que la société civile et les syndicats avaient soumis au Président en février 2007). Komara est un économiste, fonctionnaire jusqu’alors à l’Afrixim bank en Egypte (selon nos sources en Guinée).

Le 30 décembre, rencontre du corps diplomatique accrédité en Guinée. Le nouveau président justifie son action avec ses compagnons d’armes, par le risque élevé d’un conflit ethnique et la défaillance des institutions pour assurer la continuité après le décès du Président de Guinée. Il promet d’élargir les institutions de transition aux membres de la société civile.

Il demande un soutien et un accompagnement de son régime transitoire par des consultations périodiques et pour l’organisation des élections libres et transparentes. L’Union Européenne, par l’Ambassadeur de France, demande la tenue des élections législatives et présidentielles au cours du 1er semestre 2009.

Le 1er janvier 2009, le nouveau président s’adresse à la nation, dans un message de nouvel an, il annonce un chantier large et des défis à relever. La tâche est immense :

ouverture du pays à la démocratie et à l’économie de marché, mise en place d’un gouvernement, audit global de l’Etat pour mieux redresser l’économie, assainissement des administrations, maîtrise de l’inflation, modernisation des infrastructures notamment routières, sauvegarde de l’intégrité territoriale et de l’unité nationale, organisation des élections législatives et présidentielles libres et transparentes en décembre 2010, augmentation de la production agricole (diminution des importations de riz), fourniture d’eau et d’électricité, allègement de la dette extérieure (plus de 2 milliards de dollars), lutte contre le pillage des ressources, contre la corruption et la drogue, renégociation des conventions d’exploitation des ressources, refondation de la démocratie (réforme de la justice, libéralisation du marché de la communication (radio, télévision), redressement des secteurs de l’éducation, de la santé, création des emplois surtout pour la jeunesse…

Le 5 janvier 2009, le premier ministre rencontre à tour de rôle les syndicats et les partis politiques. Les impressions et les messages sont positifs à l’issue des entretiens : un premier ministre ouvert, avec un agenda clair puis capable de gérer la transition. Il a rassuré ses interlocuteurs qu’aucun membre de son équipe ne briguera un mandat électif pendant la transition.

Du 2 au 5 janvier 2009, une mission de haut niveau de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest) conduite par l’ex Président du Nigéria, Ibrahim Babanguida rencontre le CNDD, les partis politiques et la société civile et les syndicats. Il ressort de ces rencontres une volonté de tous les acteurs de faire une transition apaisée, couronnée par des élections libres et transparentes.

Il est prévu au Nigéria une réunion spéciale sur la Guinée, des ministres des affaires étrangères le 9 janvier, à la quelle les syndicats, les partis politiques et la société civile guinéenne pourront participer. La durée de 12 mois de transition serait à l’agenda (au lieu de 24 mois).

Les 5 et 6 janvier 2009, les partis politiques et les syndicats, ont chacun préparé et présenté des documents à l’attention du CNDD.

Les documents proposés sont :

  • Un projet de révision de la constitution,
  • Un document de synthèse de du programme de société (gouvernance économique e financière, gouvernance judiciaire, gouvernance sociale).
  • Un document de politique économique et sociale avec des priorités à court terme et à moyen et long terme dont les grands chapitres sont : stabilisation de l’économie, sécurité et justice, développement rural, exploitation rationnelle des ressources minières, développement des ressources humaines,
  • Un document des partis politiques portant sur la gestion de la transition (durée de 12 mois, mise en place d’un conseil national de transition de 75 membres issus des partis (35), de la société civile (25) et de l’armée (15) et dont le mandat terminerait avec l’installation d’une assemblée nationale élue, le calendrier électoral, création d’une cour spéciale pour gérer les conflits constitutionnels, suivi-évaluation de la transition).

Quel regard à porter sur ce processus ?

En tout Etat qui aspire à la démocratie, la prise du pouvoir par la force est inadmissible et condamnable. Mais vu la situation délétère qui prévalait en Guinée et qui se dégradait d’année en année depuis 2002, au point de vue sécuritaire, conditions de vie des guinéens, cohésions et cohabitations de toutes les couches de la population, au regard de la mobilisation relativement pacifique que ce changement militaire a suscité faute de mieux, l’espoir de meilleurs lendemains pour les guinéens serait permis.

La Guinée ne saurait faire exception de ce que l’Afrique vit depuis ces 40 dernières années au regard de la mission des armées en Afrique vis-à-vis du peuple face au pouvoir politique et au processus démocratique qui y fait lentement son chemin. Les armées se positionnent à tord ou à raison (à chacun d’en faire sa lecture dans ce contexte) en derniers arbitres !

Il est aussi important de mettre ce changement, en termes d’analyse de la situation et des propositions actuelles de sortie de crise à l’actif des syndicats de Guinée. On se souviendra des grèves et des sacrifices humains et matériels de 2006 et 2007. Les grandes lignes des orientations du CNDD figurent aussi dans les documents de l’inter centrale syndicale CNTG- USTG élargie aux autres centrales ONSLG et UDTG dont le document de plate-forme du 12 août 2008, les conclusions des journées nationales des 12, 13 et 14 août 2008, la lettre de l’inter centrale adressée au président de l’assemblée nationale en janvier 2007…

Au-delà de cette situation vue de l’extérieur comme étant pacifiquement irréprochable, (en comparaison avec d’autres coup d’Etat ailleurs), les guinéens de certains quartiers de Conakry ont été terrorisés et brutalisés par des éléments incontrôlés dans les tout premiers jours du changement. Selon nos sources sur place, des véhicules privés ont été réquisitionnés (spoliés), certains domiciles ont été investis par des voleurs…

Actuellement, les dirigeants s’attèlent à mettre fin à ces pratiques et rétablir dans leurs droits ceux qui ont été victimes de ces actes de barbarie.

A l’intérieur du pays, la vie a repris son cours, nos partenaires mutualistes veulent par exemple tenir des assemblées générales mais la prudence oblige, vu que les rassemblements publics n’ont pas encore véritablement commencé partout.

A suivre.

Bruxelles, le 07.01.09

Fabien Habimana,
WSM


Carte d’identité de la Guinée
Les nouveaux dirigeants déterminés
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Le CNDD maintiendrait le cap vers une sortie de crise !
Documents sur la Guinée