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It’s time for Africa !

Modifié le: 30/11/2017, 17h23

A la veille du Sommet Afrique-Europe, qui commence ce 30 novembre à Abidjan, les acteurs de la société civile, représentés par des syndicats africains, des mutualités et d’autres organisations sociales, se réunissaient pour poser leurs propres priorités, faire entendre leur voix et réfléchir ensemble sur l’avenir de la protection sociale en Afrique.
Alors que les politiques disent vouloir soutenir la jeunesse africaine, c’est la sécurité de l’Europe qui restera leur préoccupation.

Un Sommet UE-Afrique controversé

Durant trois journées de travail, des représentants de 17 pays et de 8 gouvernements, plusieurs organisations régionales (UEMOA, ECOWAS), l’Organisation Internationale du Travail, l’Union Africaine, Solidarité Mondiale (WSM), la CSC, et la CGSLB ont échangé sur leurs visions, stratégies et actions en matière de protection sociale. Plusieurs recommandations sont sorties de ces échanges en vue d’être mises en avant durant ce Sommet, même si le doute subsiste d’être entendus.

"Investir dans la jeunesse pour un avenir durable" est le titre du Sommet Europe-Afrique de cette année, mais derrière celui-ci se cache une autre réalité européenne : "comment parvenir à maintenir les jeunes africains sans emploi sur leur continent ?". En bref, les préoccupations seront davantage axées sur la sécurité au sein de l’Europe que sur l’avenir du développement durable en Afrique.

Pourtant plusieurs causes des migrations sont directement liées à des carences dans les systèmes de protection sociale, informent les syndicats et les mouvements sociaux : manque d’opportunité d’emploi pour les jeunes, salaires indécent, mauvaises conditions de travail, etc. L’absence réelle de protection sociale gâche les chances de ces jeunes de se construire une vie convenable.

L’avenir de la protection sociale en Afrique

Les participants de 17 pays africains se sont penchés sur ces causes profondes, avec de fortes recommandations concrètes à la clé. Voici trois de ces nombreuses conclusions - que vous pouvez retrouvez en détail dans la Déclaration d’Abidjan Déclaration d’Abidjan - tirées après une semaine de débats intenses à Abidjan :

Premièrement. La protection sociale est à l’agenda politique en Afrique. Pas toujours aussi haut qu’on le souhaiterait, mais la volonté politique existe dans différents pays pour y travailler sérieusement. Plus fort encore : dans certains de ces pays, avec le Sénégal et le Mali à la pointe, cette protection sociale est conçue en s’appuyant de façon centrale sur le travail des mouvements sociaux, des mutuelles de santé et des syndicats. Avec des résultats à la clé, car on observe de vrais progrès dans ces pays.

En impliquant les mutuelles de santé dans la construction de l’assurance maladie, le Sénégal offre aujourd’hui une couverture de 20%, très au-dessus de la moyenne régionale.

Deuxièmement. L’avenir de la protection sociale en Afrique doit se construire pour la majorité de ceux qui sont aujourd’hui exclus de toute couverture : les travailleuses et travailleurs de l’économie informelle, les populations des campagnes, les travailleurs migrants, les jeunes actifs dans des emplois précaires, etc. Entre 80 et 90% de la population africaine. Il sera nécessaire d’adapter les systèmes existants afin qu’ils puissent également être accessibles pour cette large part de la population.

Et là-dessus, les mouvements sociaux montrent la voie : par exemple en impliquant les organisations des travailleurs de l’économie informelle dans leurs stratégies et en leur donnant accès collectivement à la protection sociale. C’est d’ailleurs une première étape importante dans la formalisation de leur travail. Si les chefs de gouvernement européens veulent freiner les migrations, il faudra travailler d’urgence sur une réelle protection sociale, qui donne aux femmes, aux jeunes et aux groupes exclus la perspective d’une vie plus décente. De telles stratégies étaient au cœur des échanges entre les mouvements sociaux, les syndicats, les autorités politiques et les organisations régionales.

Enfin, douze ans après que les grands donateurs, y compris l’Union européenne et ses États membres, se soient engagés à écouter davantage leurs partenaires, l’appel d’aujourd’hui semble résonner plus fort que jamais. Le fait que l’Union européenne, les Etats membres et les organisations internationales s’engagent à renforcer la protection sociale en Afrique est positif pour tous, gouvernements africains et mouvements sociaux, mais le hic est qu’ils continuent de mettre leur propre vision, modèles et systèmes en valeur alors que ceux-ci viennent parfois en contradiction avec la vision et les priorités des gouvernements africains.

Certes, lorsqu’une politique nationale de protection sociale est élaborée avec des mouvements sociaux et des syndicats et dispose ainsi d’une large base de soutien, les interventions européennes perdent de leur légitimité. "Si les dirigeants européens se sont rendus à Abidjan, il faut qu’ils écoutent leurs collègues africains, et les vraies préoccupations et priorités des africains qui sont présents ici avec leur société civile".

Ce sont les trois messages que nous allons transmettre dans nos contacts informels avec les politiciens. Hélas, il n’a pas été possible d’obtenir un laisser-passer formel de participation à l’événement. La police a également interdit aux représentants de la société civile d’organiser leur marche en parallèle du Sommet.

Gijs Justaert, Coordinateur Service Plaidoyer & Recherche Solidarité Mondiale (WSM)