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Haïti

Haïti, un an après : l’analyse du MOSCTHA

Un an après, le MOSCTHA analyse la situation sociale, économique et politique des Haïtiens, avant et après le tremblement de terre du 12 janvier 2010. En effet, il ne faut pas oublier qu’avant la catastrophe, la situation n’était déjà pas facile pour les habitants de l’ile d’Haïti.

12 janvier 2011 : il y a exactement un an, Haïti était frappé par le plus violent tremblement de terre de son histoire, transformant le paysage et la société de ce pays pour longtemps. C’est très lentement que la reconstruction a commencé. Les partenaires de Solidarité Mondiale se tiennent les coudes et mènent leur programme pour aider le pays à se reconstruire.

Près de 300.000 personnes ont perdu la vie, et au total, ce sont plus d’un million de personnes qui ont été touchées d’une manière ou d’une autre. Aujourd’hui, le chantier à Haïti reste énorme et beaucoup de gens vivent encore dans des tentes dans les rues, les plaines, les cours de récrés ou sur des terrains de sport…

Comment évaluer au mieux la situation de ces familles aujourd’hui encore à la rue ? Il nous semble important de se pencher sur 3 aspects cruciaux de la question : le social, l’économique et le politique.

Au niveau social

La société haïtienne vit depuis longtemps dans une situation précaire. Au niveau de l’enseignement, le taux d’analphabétisme atteint plus de 50%, tandis que 90% des écoles sont d’initiative privée, cela dans une société où la majorité de la population est sans emploi. Les soins de santé sont également primordiaux pour que chacun puisse se sentir bien physiquement, socialement et mentalement. Malheureusement, il n’existe pas en Haïti de système de santé qui couvrirait 50% des 10 départements du pays. La demande est donc énorme dans le peu d’hôpitaux publics du pays.

Copyright ITUC CSILes citoyens haïtiens subissent beaucoup de violations au niveau des droits de l’Homme, avant même leur naissance : le contrôle de la grossesse auprès du médecin n’est pas un droit assuré, c’est même un luxe pour les mères haïtiennes. Plus de 60% des femmes sont célibataires, en tout cas officiellement, avec toute la responsabilité financière que cela suppose. De plus, les femmes subissent de grandes inégalités et le machisme et par manque d’éducation, acceptent de nombreuses violences de la part de leur conjoint.

De plus, un grand groupe de personnes (le pourcentage exact n’est pas connu) ne possèdent pas de document d’identité, important pour bénéficier des services de l’Etat.

La situation environnementale est également fragile à cause du déboisement non-contrôlé des montagnes qui compose l’île d’Haïti. Le bois est en effet la seule source d’énergie pour 80% de la population.

Au niveau économique

Selon la FAO, plus de la moitié de la population vit dans l’extrême pauvreté, avec moins d’1dollar par jour. 70% des habitants dépendent de l’agriculture et près de 80% de la population vit du commerce informel. Haïti est le pays le plus pauvre du continent américain.

Au niveau politique

Après la chute de la dynastie Duvalier (de 1957 à 1986), les acteurs politiques de la société haïtienne n’ont pas réussi à coordonner leurs efforts pour aider le pays. Pire que ça : une classe politique morcelée s’est profondément divisée lors des 20 dernières années. Ce morcellement s’est concrétisé par l’apparition d’un grand nombre de partis politiques visant le pouvoir, souvent sans un projet vraiment défini pour la nation. Cette situation a mené à des coups d’états en série avec comme conséquence une grande instabilité politique, sociale et économique.

Copyright ITUC CSIAprès le tremblement de terre du 12 janvier 2010, le réseau du MOSCTHA s’est mobilisé. Avec le soutien logistique de la Confederación de los Trabajadores Haitianos (CTH – Confédération des Travailleurs Haïtiens), également partenaire de Solidarité Mondiale, nous avons pu agir dans les 48h après la catastrophe avec plus de 30 bénévoles et avec une équipe médicale préparée et équipée, ainsi qu’avec des tentes, des provisions d’eau et de nourriture. Pour réaliser cela, nous avons bénéficié de l’appui de : Solidarité Mondiale-Wereldsolidariteit (WSM), SOTERMUN, FARMAMUNDI, FIA, PLAN NAGUA, AJWS, PSI, FUNDACION HAURALDE. Le MOSCTHA a depuis développé et étendu son travail en Haïti.

Quels changements pouvons-nous mentionner, un an après les événements, auprès des nombreuses victimes du tremblement de terre ?

Comme on l’a déjà vu ci-dessus, l’Etat s’est révélé très faible sur le plan de l’organisation pour répondre aux nombreux problèmes de la population. Cette faiblesse s’est faite cruellement sentir dans le manque de coordination de l’aide des organisations internationales qui sont venues porter assistance au peuple d’Haïti.

Quelques fonctionnaires attribuent ce manque d’organisation à l’effondrement qu’ont subi toute une série de ministères. Mais comment se fait-il qu’un an après, il n’y ait toujours pas de plan de reconstruction présenté à la société civile ? Pourquoi les gens doivent-ils encore vivre au même endroit qu’il y a un an, dans ces tentes ‘provisoires’ que leur ont données les organisations, sans hygiène suffisante, ni eau ni sanitaires, et cela même dans certains quartiers de la capitale ? Pourquoi des femmes sont-elles encore violées par des hommes vivant dans les mêmes camps qu’elles ? Ces questions rassemblent quelques-unes des plaintes des habitants des camps et des communautés isolées. De cela, on peut malheureusement conclure que la situation n’a pas vraiment changé depuis le 12 janvier 2010.

Avec la saison des ouragans qui ont causé beaucoup de morts et de dégâts matériels, avec également l’épidémie de choléra qui a tué plus de 4500 personnes en moins de 3 mois, on peut dire que le peuple vit les heures les plus noires de l’histoire d’Haïti.

Dans une situation si difficile, le MOSCTHA, qui a toujours travaillé pour améliorer les conditions de vie des plus vulnérables, continue de travailler, en apportant un soutien sur le plan de la santé via ses cliniques mobiles et la distribution gratuite de médicaments, via des formations à la gestion des eaux et la distribution de purificateurs d’eau. Sur le plan de l’agriculture, on a lancé 4 comités d’agriculteurs, que nous suivons en leur procurant du matériel et des graines. Le MOSCTHA s’est également attaqué aux problèmes des cartes d’identité, de la discrimination des femmes et du manque d’emplois.

La situation sociale en Haïti est donc très complexe et précaire, ce que le tremblement de terre a mis au jour de façon cruelle. Cette situation s’est de plus encore aggravée avec l’épidémie de choléra qui a contaminé 120.000 personnes.

De plus, après le premier tour des élections présidentielles, un vide de pouvoir est né. Il n’était pas assez clair quels 2 candidats pouvaient participer au 2ème tour des élections, qui aurait dû se dérouler le 16 janvier dernier. Ce 2ème tour a été reporté à une date indéterminée. L’ancien dictateur ‘Baby doc’ a profité de cette incertitude pour réapparaître sur le sol haïtien, la première fois en 25 ans. Les risques que des violences politiques se déclarent en sont encore plus grands.

Le MOSCTHA veut remercier tous ses collaborateurs ainsi que les organisations amies qui nous font confiance pour apporter leurs soutien au peuple haïtien via notre organisation.

Plus d’infos sur le programme de reconstruction du MOSCTHA et des autres partenaires de Solidarité Mondiale en Haïti.



Nous vous conseillons aussi la lecture de l’article du CETRI « Nous sommes arrivés à saturation » : Le directeur exécutif de la Plate-forme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA) - Camille Chalmers - analyse les principaux facteurs qui ont conduit Haïti au chaos. Extrait :
"Après le séisme, à aucun moment le peuple haïtien n’a été sollicité par le gouvernement pour participer à la reconstruction. Même la composante haïtienne de la Commission intérimaire de reconstruction en Haïti n’existe toujours pas. Pour moi, la priorité reste la concertation citoyenne. Il y a tellement d’organisations en Haïti qui font un travail courageux et intéressant au niveau local, et qui ne parviennent pas à faire le saut vers quelque chose de plus global. Aujourd’hui, il faut investir dans les réseaux de solidarité, mais aussi dans des réseaux de production intersectoriels (agriculture et industrie), qui sont créateurs d’emplois."

Vous pouvez toujours soutenir les partenaires de Solidarité Mondiale en Haïti, avec un don sur notre compte DEXIA BE96-7995-5000-0005 Bic : GKCCBEBB, avec en communication "Haïti". Merci pour eux. Nous vous tiendrons au courant de l’évolution de notre programme pour la reconstruction dans les prochaines semaines.