Haïti
Haïti : mission sur place pour construire l’avenir
Notre collègue Ellen Verryt, responsable pour le programme Amérique Latine, accompagnée d’Annick De Ruyver, du service international de la CSC, s’est rendue début février en Haïti pour se rendre compte de la situation, pour témoigner de notre soutien de vive voix auprès de nos partenaires, et surtout pour construire avec eux des projets concrets pour l’avenir… Voici ses impressions de retour en Belgique.
« La situation dans laquelle se trouve le pays pourrait être pour le mieux décrite par le mot créole ‘ktastrof’ (catastrophe). Les dégâts sont apocalyptiques. Pendant la journée de deuil national décrétée par le gouvernement haïtien, les rues étaient désertes, ce qui permettait de se rendre compte d’autant mieux des conséquences terribles du tremblement de terre : des quartiers entiers, tant riches que pauvres, sont à terre ; les bâtiments publics sont détruits (presque tous les ministères, le palais national, la poste, les supermarchés, …). En dehors de la capitale, Port-au-Prince, Jacmel, Petit Goave et Leogane sont les plus durement touchées. Là-bas, on a vu plus des ¾ de la population réfugiée dans de véritables champs de tentes. »
Pour le moment, sur les 220 000 tentes nécessaires en Haïti, seules 40 000 sont arrivées sur place. Ceux qui n’ont pas de place dans un camp international s’organisent dans des camps de fortune, avec des draps au-dessus de leurs têtes. Insuffisant à l’arrivée de la saison des pluies, avec son lot de précipitations torrentielles, d’inondations et de glissements de terrain et qui favorise la propagation des maladies. Outre les tentes et l’eau, les besoins en aide psychologique sont eux aussi énormes.
« Beaucoup d’Haïtiens ont perdu des membres de leur famille, ont été enseveli sous les décombres ou vécu des expériences traumatisantes. J’ai été très impressionnée par Adner Estelot, un jeune membre de la JOC Haïti qui, malgré la perte de toute sa famille, se retrouvant seul au monde, participe à la mise en place de nos projets pour l’avenir. S’il le peut, cela ne peut que nous inciter à garder espoir pour Haïti !
J’ai aussi rencontré Pierlyne, responsable politique pour le programme de Solidarité Mondiale de la JOC Haïti. Elle est restée ensevelie 2 jours sous les décombres du siège de la JOC, qui n’a pas résisté, avec son collègue Patrick Hugo Noe, responsable de la comptabilité. Celui-ci n’a malheureusement pas survécu… Pierlyne, gravement blessée, a été dégagée des décombres par son frère et a pu être emmenée vers un hôpital de Saint-Domingue, grâce à la bonne communication entre organisations. Son rétablissement prendra encore beaucoup de temps, mais elle garde espoir, comme beaucoup d’Haïtiens. »
Ellen regrette d’avoir dû constater que le gouvernement haïtien ne prend pas beaucoup d’initiatives pour sa population. A côté de la journée de deuil national, le président n’a encore rien fait de véritablement concret. Or, le pays a besoin de leaders capables de rassembler les énergies autour de la reconstruction, coordonnée autour des initiatives de la société civile, des comités de quartier et des églises.
Nous avons beaucoup discuté avec nos partenaires et ceux-ci ont décidé de se mobiliser par eux-mêmes, de prendre les choses en main. La CTH (confédération des travailleurs haïtiens) a tenu une conférence de presse à propos du rôle crucial que la société civile devra jouer dans la reconstruction. Le plan de nettoyage des Nations-Unies a d’ailleurs été examiné à la loupe. Des Haïtiens ont été engagés pour le nettoyage des rues (avec des balais de ménagères, dérisoires à côté des énormes débris qui jonchent le sol…) et ne perçoivent pour cela même pas le salaire légal minimum, ce qui n’est pas acceptable.
« La solidarité entre nos partenaires (la CASC et le MOSCTHA du côté de la République Dominicaine, la JOC et la CTH en Haïti) et leur volonté de poursuivre leur collaboration dans l’avenir est un signe très positif que nous avons perçu sur le terrain. La catastrophe aura paradoxalement été bénéfique sur ce point-là. » Par exemple, la JOC, dont le siège s’est écroulé, a installé temporairement ses bureaux dans les locaux de l’INAFOS, le centre de formation de la CTH qui a tenu le coup. « Ils en parlent comme de la création d’un ‘petit MOC avec plusieurs services et organisations’ »
L’aide d’urgence se divise en 2 phases distinctes, dont la première est déjà derrière nous : c’est la phase d’urgence immédiate (évacuation des corps et sauvetage des blessés). La seconde, la consolidation, se consacre aux besoins de première nécessité : fournir des tentes, de la nourriture, de l’eau, des soins, et veiller aux infrastructures… C’est dans cette phase-là que l’on se situe actuellement. Ensuite, nous passerons à la reconstruction.
Pour le moment, la CASC et le MOSCTHA ont pris la direction des opérations, étant donné leur expérience des situations d’urgence pendant la saison des ouragans en République Dominicaine. Une dizaine de convois ont déjà été organisés jusqu’à l’INAFOS, bâtiment de la CTH, qui sert actuellement de centre opérationnel (distribution de vivres, organisation de soins de santé, stockage, accueil de voisins et affiliés sans abris,…) Les volontaires, médecins et infirmiers qui y travaillent vont également dans les camps de réfugiés où de l’aide supplémentaire est nécessaire. C’est grâce à cette structure, au professionnalisme, à l’expertise et à la solidarité que l’aide d’urgence arrive en première ligne à ceux qui en ont le plus besoin.
« Pendant cette mission, avec la représentante de la CSC, nous avons surtout défini les bonnes lignes stratégiques à suivre pour la reconstruction, non seulement au niveau de l’infrastructure, mais aussi au niveau du renforcement de nos organisations partenaires afin qu’ils deviennent des représentants solides de la société civile en Haïti. Nos partenaires ont défini une structure stratégique où chacun a sa place et une tâche spécifique » Par exemple, la JOC mobilise les jeunes aujourd’hui désœuvrés (écoles et universités à terre), en quête d’une organisation où se mobiliser. Les activités centrales menées au départ de l’INAFOS notamment seront des activités à la fois de formation technique (le pays a besoin d’électriciens, de maçons, …) et de formation syndicale (droits des travailleurs, organisation du secteur informel, …). Une autre formation, qui pourrait apparaître étrange au premier abord, sera aussi de renseigner les gens sur le phénomène du tremblement de terre. En effet, suite à la catastrophe, une grande partie de la population est aujourd’hui persuadée qu’ils sont responsables, qu’il s’agit d’une punition divine qu’ils auraient méritée… Cette idée fataliste est très paralysante et donc négative en vue d’une reprise en main de la reconstruction par les Haïtiens.
Haïti a besoin de la participation active de tous les groupes de population : hommes, femmes, jeunes, travailleurs,… Solidarité Mondiale et la CSC ont dans ce processus de reconstruction à venir un rôle de soutien.
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