Crise Politique en Guinée : nos articles

Guinée : vers une normalisation à brève échéance de la situation sociopolitique ?

Depuis la prise du pouvoir par les militaires le 23 décembre 2008, la Guinée cherche une voie apaisée de transition d’un régime militaire à un régime démocratique.

 [1] Cela ne pourrait en être autrement, vu l’espoir que ce changement a suscité et le contexte local qui resterait explosif en l’absence des avancées et perspectives claires au niveau politique, social et économique.

Carte de la GuinéeEn effet, depuis particulièrement ces dix dernières années, la Guinée vit au jour le jour et est restée prisonnière des pratiques anti progressistes érigées en mode socialisé de lutte pour soi, l’ayant conduit progressivement au bord de la ruine. Face aux hommes en treillis et à la puissance du feu au bout du fusil, les Guinéens ont appris, malgré eux, à vivre avec amertume et patience douloureuse la corruption, le détournement des deniers publics, la violation des droits humains et syndicaux, l’impunité, la dégradation du pouvoir d’achat, la flambée (à l’abri de tout contrôle) des prix de biens de première nécessité, le banditisme, la disparition progressive et la détérioration de la qualité des services publics, l’effritement de la cohésion légendaire des couches sociales (régionalisme, ethnocentrisme, politisation à outrance, clientélisme…)…

Dès l’avènement du pouvoir actuel, tenu par les compagnons d’armes du pouvoir précédent balayé après la disparition de son leader en décembre 2008, un optimisme a gagné les esprits. Les défis étant multiples pour un gouvernement qui se dit de courte durée (transition), dans un pays exangue et privé de toute aide structurelle ou de développement, la canalisation des efforts semble se diriger vers l’unité du pays et le dialogue entre Guinéens et avec des pays amis pour tenter de sortir de cette impasse.

1. L’unité dans la diversité : un préalable et la priorité des priorités.

Grande plus de 8 fois la Belgique en superficie mais avec une population comparable, la Guinée est divisée en quatre grandes régions naturelles [2], en huit régions administratives [3], en 33 préfectures [4], en 38 communes urbaines et en 303 communautés rurales de développement (décentralisation).

A côté de cette réalité administrative, il existe une diversité linguistique [5] et ethnique [6] selon les régions. La Guinée est également plurielle dans la foi [7], dans les convictions politiques [8], dans la défense des droits des travailleurs [9] et dans bien d’autres réalités de la vie du peuple Guinéen.

La recherche de solutions à l’ensemble des problèmes ci-haut évoqués ne peut être envisagée que dans l’unité de tous les guinéens dans leur riche diversité, car ce peuple a eu, a et aura toujours en commun, l’histoire, le territoire et le destin.

Depuis le début de cette année, des initiatives de conjugaison d’efforts pour la paix et la stabilité se multiplient :

Le 2 février 2009, le président guinéen a convoqué les chefs religieux pour une journée de prière et de recueillement en faveur du CNDD. Cette journée a connu une forte mobilisation des sages, des responsables de toutes les confessions religieuses, des fidèles... venus de différentes régions du pays, tous unis dans la prière pour le pays. A la fin de la prière, le président a fait un don de 100 millions de francs guinéens (16.700 euros) aux sages de chacune des 4 régions naturelles du pays et 100 millions à ceux de Conakry à répartir entre la communauté musulmane et chrétienne. Ce montant serait un soutien pour que ces efforts de recherche collective de la paix se poursuivent.

Le 31 janvier et le 7 février 2009, l’intersyndicale CNTG/USTG élargie à l’ONSLG/UDTG et le Conseil national des organisations de la société civile guinéenne (CNOSCG) se sont réunis pour prendre une position commune sur la situation en Guinée. Leurs conclusions ont porté (en résumé) sur la transition (demande au CNDD d’un engagement formel sur la durée de la transition ne devant pas excéder 12 mois, d’un organe représentatif de transition doté d’un pouvoir législatif réel et le renforcement du processus électoral), l’Etat de droit (levée officielle de la suspension des activités politiques et syndicale, commission d’enquête indépendante sur les tueries de 2006-2007, levée des barrages routiers, garantie de la sécurité des biens et des personnes, l’arrêt des interpellations extrajudiciaires) et la bonne gestion des biens publics (poursuite des audits sans exclusion et dans la dignité).

2. Un dialogue politique inclusif et des concertations permanentes : gage d’un engagement collectif et d’une responsabilité partagée.

Depuis le 21 janvier, la Guinée (Ministre des affaires Etrangères et des Guinéens de l’étranger) multiplie des contacts en Afrique de l’Ouest – Côte d’Ivoire, Gambie, Sénégal, Nigéria et auprès des institutions africaines (CEDEAO, Union Africaine à Addis-Abeba en marge du dernier sommet de fin janvier) pour expliquer la situation actuelle, les plans du future et pour demander des conseils et appuis nécessaires pour la réussite de la transition en cours.

De l’avis général, les chefs d’Etat, de gouvernements et autres dirigeants d’institutions rencontrés auraient exprimé leur compréhension de la situation. Certains interlocuteurs seraient même disposés à fournir un soutien politique, diplomatique et technique, comme (CEDEAO, Mali, Côte d’Ivoire…) pour la réussite de cette transition qui s’est mise en route sans effusion de sang et sans nouveau conflit armé sur le sol africain. C’est un signe de rupture pacifique avec le passé et de bonne volonté de regarder sereinement l’avenir qui mérite en soi, une attention toute particulière.

Le 4 février, le président a rencontré les opérateurs économiques et leur a demandé de faire du profit dans l’intérêt des consommateurs et de leur propre pays, ce qui permet à tout le monde d’y gagner dignement et dans la durée. Les retombées de cette concertation ne se sont pas fait attendre, si modestes soient-elles, car les prix ont commencé à diminuer petit-à-petit sur certains marchés à Conakry. Le prix d’un sac de riz qui se vendait 200.000 fg [10] est passé à 150.000fg, celui d’un kg de poisson est passé de 6000 à 3000 fg, un bidon de 20 litres d’huile est passé de 130.000 à 114.000fg... La même tendance serait également constatée dans les milieux ruraux. Pourvu que ça dure !

Mais une question plane : "Cette diminution serait-elle due seulement à ce dialogue ou est-ce la conséquence aussi de la rareté des moyens des consommateurs vu que l’Etat, à court de moyens, ne paie actuellement que les militaires ?", constatent nos partenaires en Guinée.

Le 6 février, le président a annoncé les élections en Guinée au 4ème trimestre 2009. Il invite le ministre de l’administration territoriale et le président de la CENI [11] à prendre toutes les mesures nécessaires pour le respect de ce calendrier.

Le 9 février, le président (avec son gouvernement), a rencontré (pour la deuxième fois depuis sa prise du pouvoir), les forces sociales du pays (partis politiques, centrales syndicales, le patronat, les représentants des confessions religieuses…) pour les écouter et préciser sa position sur la transition qui est en cours.

Le président a réaffirmé le ferme engagement de toute son équipe de ne pas s’éterniser au pouvoir, car, a-t-il reconnu et averti, aucun régime militaire, non issu de la volonté du peuple par des élections ne peut survivre à l’époque d’aujourd’hui. Il a écouté la position de la société civile issue des concertations du 31 janvier et du 7 février 2009 (cfr point 1) communiquée par Rabiatou Serah Diallo de CNTG.

Le président s’est montré ouvert aux propositions formulées. Il a demandé à ses interlocuteurs la création d’un cadre permanent de dialogue et de concertation pour faire les propositions sur le processus de transition, devant aboutir à des élections libres et transparentes. Il est revenu sur les priorités à prendre en considération dont les modalités de réforme constitutionnelle, des réformes des structures existantes de la transition, de renforcement des audits, la lutte contre les narcotrafiquants… Il s’est montré favorable à l’ouverture d’une enquête sur les massacres de 2006-2007 et à l’application d’une justice réparatrice. Dans leur ensemble, les priorités annoncées restent ambitieuses, pour un gouvernement de courte durée.

Le président s’est montré intransigeant sur les mesures d’exception qu’il a prises, lors de son installation au pouvoir et il a souligné, l’intérêt pour tous de maintenir l’ordre public, la sécurité des biens et des personnes lors des manifestations et la lutte contre le trafic des enfants et de la drogue sur les barrages routiers. Il a par contre autorisé les jeunes à organiser des caravanes dans toutes les régions pour soutenir le CNDD !

A l’issue de cette rencontre, le bilan et le sentiment de la société civile était optimiste mais pas très rassurant. Le suivi et la prudence restent de mise. Une réunion de concertation et de prise de nouvelles positions a été organisée le 12 février. La société civile a considéré sa proposition comme étant un minimum exigible, ayant eu un écho favorable tant en Guinée qu’à l’extérieur du pays et réitère le maintien et le soutien de ses revendications. Elles seront défendues à la réunion du groupe international de contact sur la Guinée présidé par l’Union Africaine et la CEDEAO qui se tiendra à Conakry le 16 février prochain.

Quel écho peut-on entendre à l’extérieur de la Guinée ?

A l’annonce de ces évolutions, les réactions d’autres pays s’avèrent positives. A titre d’exemple, le ministère français des Affaires Etrangères et Européennes a rendu public un communiqué le 9 février sur la situation politique en Guinée. Il est considéré dans ce communiqué (et à juste titre), de signe encourageant, l’annonce du CNDD d’organiser des élections libres et transparentes au 4ème trimestre de 2009. Un regard particulier sera tourné dans les jours qui viennent sur les questions relatives au recensement des électeurs, au calendrier, au budget et aux rétablissement des conditions nécessaires à l’exercice des libertés politiques et syndicales. La France sera représentée (comme membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU), à cette réunion du 16 février ci-haut évoquée du groupe international de contact sur la Guinée.

Il est évident que ces évolutions positives, se situent dans un contexte fragile dont la stabilité nécessite des efforts des uns et des autres à l’intérieur et à l’extérieur de la Guinée. La réussite de la Guinée, à l’instar du Ghana de 1980, du Mali de 1991 et bien d’autres… sera un exemple pour d’autres dirigeants encore aujourd’hui insensibles au destin de leur peuple. C’est pourquoi le cas de la Guinée est suivi avec beaucoup d’attention par beaucoup de pays de la sous région, de toute l’Afrique en Général et certainement des autres continents.

A suivre !

Fabien Habimana WSM, 10.02.09.


N.B ces informations sont recueillies auprès de nos partenaires en Guinées, sur base de documents qu’ils nous envoient et sur base d’autres documents mis sur les sites sur la Guinée.

Sources pour la carte de la Guinée : http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/afrique/guinee_franco.htm


Carte d’identité de la Guinée
Une page se tourne en Guinée (22 et 23 décembre 2008)
Les nouveaux dirigeants déterminés
Le CNDD maintiendrait le cap vers une sortie de crise !
Documents sur la Guinée

[1] Le 23 décembre 2008 (après la mort du Président le général Lansana Conté le 22.12.2008), l’armée s’est emparée du pouvoir par un coup d’Etat, en créant un Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) avec à sa tête le Capitaine Moussa Dadis Camara, assurant aussi la fonction de Chef d’Etat.

[2] Guinée maritime, Moyenne-Guinée, Haute-Guinée et Guinée forestière

[3] Conakry, Boké, Kindia, Mamou, Faranah, Kankan, Labé et Nzérékoré

[4] Beyla, Boffa, Boké, Coyah, Dabola, Dalaba, Dinguiraye, Dubreka, Faranah, Forecariah, Fria, Gaoual, Gueckedou, Kankan, Kérouane, Kindia, Kissidougou, Koubia, Koundara, Kouroussa, Labé, Lélouma, Lola, Macenta, Mali, Mamou, Mandiana, Nzerekore, Pita, Siguiri, Télimélé, Tougue et Yomou.

[5] Le poular en Moyenne-Guinée (Fouta-Djalon), le malinké en Haute-Guinée, le soussou et le baga en Guinée-Maritime, le manon, le kpelle, le toma, le kissi, le landouma, le guerzé et le kono en Guinée-Forestière.

[6] Peuls, malinkés, sossous, kissi, kpellé, toma, guérré, baga…

[7] Islam 85 % de fidèles parmi la population, Religions traditionnelles 5 %, Chrétiens 1 %, et autres religions 8,5%.

[8] Plusieurs partis politiques dont 5 principaux sont le Parti de l’Unité et du Progrès (PUP), le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG), l’Union des Forces Républicaines (UFR), le Parti Démocratique de Guinée (PDG), l’Union Nationale pour le Renouveau (UNR).

[9] Diversité d’organisations syndicales dont 4 principales centrales : Confédération nationale des Travailleurs de Guinée (CNTG), Union Syndicale des Travailleurs de Guinée (USTG), Organisation Nationale des Syndicats Libres de Guinée (ONSLG) et Union Démocratique des Travailleurs de Guinée (UDTG).

[10] 1€ vaut 6.000 FG

[11] Commission Electorale Nationale Indépendante