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Crise Politique en Guinée : nos articles

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Guinée : Rabiatou Serah Diallo, de la CNTG, nommée vice-premier ministre

Ce 15 janvier 2010, un accord de mise en place d’un gouvernement de transition a été signé, avec en ligne de mire les premières élections démocratiques depuis de nombreuses années dans ce pays. La secrétaire générale de notre partenaire syndical est nommée vice-premier ministre dans ce futur gouvernement d’union nationale.

Après des acrobaties politiques, des frayeurs insoutenables, les Guinéens soufflent à nouveau depuis ce 15 janvier 2010. Pour combien de temps ? Nous souhaitons plein succès à la secrétaire générale de la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée (CNTG), Rabiatou Serah Diallo [1], dans sa nouvelle tâche et espérons que ces nominations et les futures élections soient le signe du renouveau pour le pays.

UPDATE du 16 février 2010 : Selon un contact que nous avons eu ce matin avec la CNTG, un gouvernement de transition de 6 mois (pour une sortie de crise) a été formé depuis hier soir, le 15 février : 34 ministres dont 5 femmes et 6 militaires (hormis bien sûr la présidence). Il semble que la population a bien accueilli la nouvelle et attend impatiemment l’accomplissement de la mission de ce gouvernement de courte durée :
- restaurer l’autorité de l’Etat (sécurité et fin d’impunité),
- freiner la détérioration du pouvoir d’achat et des conditions de vie des guinéens et
- organiser les élections transparentes.

Parmi les ministres, trois viennent des syndicats qui ont mené la lutte. De plus, Rabiatou Serah Diallo (CNTG), vice-premier ministre, va assurer la présidence du Conseil National de Transition, un parlement d’une centaine de membres qui va assurer la légalité de fonctionnement des institutions de transition et celles qui seront issues des prochaines élections.

Selon la CNTG, le compteur de 6 mois de transition commencera à tourner dès que toutes ces institutions et leurs cabinets auront été installés en fonction : présidence, primature, gouvernement et conseil national de transition.

Retour sur une année d’incertitude politique...

Le régime de Lansana Conté, qui a conduit la Guinée pendant 24 ans, a été très dur pour la population : de nombreuses violations des droits de l’Homme ont été répertoriées, et la situation socio-économique dans laquelle il a laissé le pays est déplorable. Le pays, dont le sol renferme d’importantes richesses hydrauliques et minières, est miné par la corruption.

Le 23 décembre 2008, suite à la mort du président Conté, un groupe d’officiers se présentant sous le nom de Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) a pris le pouvoir, avec à sa tête le capitaine Moussa Dadis Camara. La communauté internationale a condamné ce coup d’état militaire et pris des sanctions à l’encontre de la Guinée. Après avoir juré pendant des mois de sortir le pays du chaos par des élections libres auxquelles aucun membre du CNDD ne participerait, le capitaine a laissé finalement planer, au fur à mesure du temps, un doute sur sa candidature possible à l’élection présidentielle, prévue au premier trimestre 2010.

Les forces vives (partis politiques, syndicats, organisations de la société civile…) n’ont cessé de réclamer en 2009 des élections libres et transparentes respectant les règles de la Constitution, en gardant l’espoir d’une transition sans violences et en exigeant que la junte militaire n’y présente aucun candidat. Espoir malheureusement déçu : lors de la manifestation du 28 septembre 2009, l’opposition a été réprimée dans le sang. Le bilan est lourd : plus de 150 personnes tuées, de nombreux blessés et femmes violées. Un traumatisme pour la population.

Les Nations-Unies ont lancé une Commission d’Enquête pour faire toute la lumière sur ces tragiques événements. En décembre 2009, l’enquête a conclu à la responsabilité de la junte, notamment de son leader, le capitaine Moussa Dadis Camara, de crimes contre l’humanité. Le 3 décembre, ce dernier, victime de tirs par balles de son ex-aide de camp, a dû être évacué en urgence à Rabat au Maroc. Le président intérimaire de la junte, le général Konaté, est rapidement apparu comme moins axé sur une posture du pouvoir à tout prix aux militaires. Il a accepté de poursuivre le processus de transition d’un régime militaire à un régime démocratiquement élu, avec la facilitation du médiateur, le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré. Le gouvernement de transition d’une durée de 6 mois, selon les accords d’Ouagadougou signés le 15 janvier 2010, issu de la junte et des Forces vives, aura pour mission de conduire la Guinée vers des élections devant permettre le retour au pouvoir des civils.

Le capitaine Camara, contraint de se retirer, a dû accepter de rester au Burkina Faso pour y prendre un repos de convalescence et afin de permettre à la Guinée de revenir à un régime civil sans fragiliser encore davantage une situation sociopolitique déjà précaire.

Le premier ministre désigné, Jean-Marie Doré, assisté de deux vice-premiers ministres, la syndicaliste Rabiatou Serah Diallo et le général Mamadouba « Toto » Camara, vice-président du Conseil national pour le développement et la démocratie (CNDD, junte militaire), a pris officiellement fonction le 27 janvier 2010. Le gouvernement de transition devrait voir le jour dans les jours qui viennent, bien que ce ne soit pas une tâche facile vu la situation du pays où tout est prioritaire et vu le consensus qu’il faut rechercher entre partis politiques, militaires et société civile !

Nous ne pouvons qu’espérer et souhaiter que la transition qui s’installe vise avant tout le bien-être de la population et la baisse des tensions sociales.

Pour en savoir plus :

Le Monde.fr : ’Un accord de sortie de crise signé en Guinée’
BBC news (article en anglais) : Guinea junta ’names civilian Dore as prime minister’
RFI : ’Les consultations continuent pour la formation d’un gouvernement ’

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Accord de Ouagadougou de sortie de crise
15-01-2010 : signature par le Capitaine Moussa Dadis CAMARA, le Général Sékouba KONATE et Blaise COMPAORE, médiateur de la crise en Guinée

[1copyright photo : L’info CSC