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Ensemble aux Nations Unies pour stopper les violences subies dans le monde du travail !

Modifié le: 14/09/2018, 12h08

Une norme internationale sur les diverses formes de violences et harcèlements subis sur le lieu du travail ? « Nous la voulons ! ». C’est le cri scandé par toute/s : États, employeurs ainsi que travailleurs/euses qui négocient ensemble du 29 mai au 8 juin 2018 à l’occasion de la 107ème Conférence Internationale du Travail qui se déroule à Genève au Nations Unies. Cependant, les discussions tripartites ne se déroulent pas aussi facilement qu’espéré.

“Violences à huis clos”

Des nombreux cas de violence et de harcèlement dans la sphère professionnelle ont été récemment mis à jour à travers le monde. Le mouvement « Me too ! » a secoué la planète. En Belgique aussi, ces abus, trop souvent tus et tolérés, font désormais la une des journaux. Nous le constatons aussi ici, à Genève, où le hashtag « #Metoo » est beaucoup utilisé par les États, les employeurs et les travailleurs/euses sur les réseaux sociaux.

Plus de 200 femmes issus de syndicats, d’ONG’s et (malheureusement) quelques rares hommes sont venus défendre, au sein d’une commission ad hoc, le développement d’un instrument efficace (Normes) dont l’application serait obligatoire pour les États.

Et avec un soutien remarqué de la part de la Belgique ! Le Ministre belge de l’Emploi, Kris Peeters, a souligné, en séance plénière de la Conférence, que notre pays est favorable à un instrument contraignant et met tout en œuvre pour s’attaquer à la problématique de la violence liée au genre…

Les nombreuses femmes présentes pour ces négociations savent très bien pourquoi elles sont là. Sister Christy Mary, du National Domestic Workers Movement (partenaire de WSM-Solidarité Mondiale), mouvement de travailleurs domestiques créé en Inde par la sœur belge, Jeanne Devos, en est parfaitement consciente elle aussi.

« En Inde, la violence à l’égard des femmes s’est accrue ces dernières années. La situation n’est pas différente sur le lieu de travail, et en particulier pour les femmes domestiques qui travaillent à huis clos », témoigne Sister Christy Mary.

« Actuellement, l’Inde ne dispose d’aucune loi qui protège les femmes contre la violence sur le lieu de travail. Une norme internationale contraignante nous aiderait à faire pression sur l’Etat pour qu’il fasse respecter le droit des femmes à vivre une vie exempte de violence ! »

Voici les témoignages en vidéo des trois représentantes de nos partenaires présentes à Genève (Sister Christy, NDWM, Inde - Sophie Koumoura, CNTG, Guinée - Graciela Lopez, MMM, Amérique Latine) sur place pour défendre leur position en faveur d’une norme contraignante. (Les sous-titres en français sont disponibles dans les paramètres de la vidéo youtube).


Des employeurs frileux

Les employeurs ont tout de suite montré leurs réticences à l’idée d’adopter une nouvelle réglementation, en particulier s’ils risquent d’être tenus responsables de la violence et des intimidations infligées, pas seulement sur le lieu de travail, mais également dans le cadre d’activités connexes : déplacements entre le domicile et le lieu de travail, fêtes d’entreprise ou intimidations subies de la part de clients et autres tiers.

Le débat sur ce que recouvrent les notions de violence et d’harcèlement est également clivant. La recherche d’une définition sur ces termes, la définition sur ce qu’est un employeur et un travailleur mais également la définition des lieux où peut se dérouler ces violences ont occupé quatre jours des travaux de la commission et ont ralenti considérablement les débats.

Est-il désormais interdit d’adresser un compliment ? Entendons-nous sanctionner toute personne qui complimente quelqu’un sur sa jolie tenue ? Ce sont quelques unes des préoccupations mises en avant par les employeurs lors des discussions.

Quoi qu’il en soit, il importait pour les travailleurs que la définition recouvre tant les formes physiques que psychologiques (morales) de violence et d’harcèlement que la violence ou le harcèlement de nature sexiste et sexuel à l’égard des femmes, des homosexuels, des transgenres ou de qui que ce soit. Ce qui a été finalement accepté.


En route vers une convention internationale !


Les employeurs se sont montrés extrêmement habiles tout au long des négociations. Ils n’ont pas raté la moindre occasion de souligner l’importance de cette problématique à leurs yeux, tout en ne se privant pas de susciter la controverse.
Suffisamment pour contraindre les 187 États présents à vérifier scrupuleusement et à de nombreuses reprises le texte proposé avec leurs pratiques ou lois nationales, donnant lieu à de longues discussions jusque tard dans la nuit.

Les travailleurs n’ont eu d’autres choix que de camper sur leurs positions afin de préserver le texte de base proposé par le Bureau International du Travail.

Les syndicats et les nombreuses ONG présentes, notamment WSM-Solidarité Mondiale et plusieurs de ses partenaires du Sud (1), ont fait pression pour convaincre un maximum d’Etats d’aller dans le sens d’une réglementation contraignante.


Et avec succès !

L’idée d’adopter une convention a été approuvée, avec une majorité écrasante d’États qui ont soutenu l’élaboration d’une Convention (de nature obligatoire) complétée par une Recommandation, instrument qui a davantage le rôle de fournir des indications et des conseils techniques pour l’application de la Convention.

Le chemin est encore long !

Les négociations continueront en juin 2019, avec à la clé, nous l’espérons toutes et tous, l’adoption de ces instruments internationaux contraignants visant, enfin, à mettre fin définitivement à ces violences inacceptables.

Gijs Justaert et Santiago Fischer
Responsables Politiques - WSM-Solidarité Mondiale

(1) National Domestic Workers (Inde), KSBSI (Indonésie), Marcha Mundial de Mujeres (Amérique Latine), Jeunesse Ouvrières Chrétienne (Amérique Latine), CASC (République Dominicaine)