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Cuisiner à l’énergie solaire en Bolivie

Modifié le: 19/02/2018, 10h22

En Bolivie, le SENTEC, partenaire de Solidarité Mondiale (WSM), promeut l’utilisation de l’énergie solaire dans la région d’Oruro, dans l’ouest du pays. Active depuis plus de 30 ans dans la formation à des métiers techniques, l’organisation s’attelle désormais à proposer des ateliers à des jeunes afin de leur apprendre à fabriquer des objets de la vie quotidienne fonctionnant grâce à cette énergie propre. Avec le SENTEC, le travail décent et la protection de l’environnement vont de pair !

330 jours de soleil par an

Pour Miguel Terán, directeur du SENTEC, l’évidence est apparue lorsqu’il a découvert le plan du niveau de radiation solaire de la Bolivie, réalisé par les Nations Unies. « La région d’Oruro est une des zones qui bénéficie de plus d’ensoleillement au monde. Nous avons 330 jours de soleil par an, avec peu de nuages venant le cacher. Chaque mètre carré de territoire reçoit l’énergie équivalent à la consommation quotidienne d’une douche électrique ou de 60 lampes de 100 watts. "C’est exceptionnel", s’enthousiasme-t-il. Il commence alors à se renseigner sur les rayons solaires et les façons de les capter pour les transformer en énergie.

« Je me suis surtout rendu compte que rien ne se faisait dans mon pays pour profiter de cette ressource, qui est pourtant gratuite et surtout renouvelable. C’est d’autant plus invraisemblable que nous sommes un des pays les plus vulnérables aux changements climatiques  : les sécheresses inexpliquées se multiplient, les glaciers fondent, et les tempêtes glaciales balaient de plus en plus notre territoire », ajoute-t-il.

Miguel Terán s’est donc mis en tête d’apporter sa pierre à l’édifice pour lutter contre le réchauffement climatique, tout en offrant de nouvelles possibilités de sortir de la pauvreté aux populations les plus précaires. « Nous avons donc créé et développé dans nos ateliers, grâce à un spécialiste que nous avons engagé pour accompagner nos stagiaires, des objets de la vie quotidienne qui fonctionnent grâce au soleil  », dit-il avec fierté. "C’est ainsi qu’ont été créé des radios, des cuisinières, des séchoirs à aliments (permettant une meilleure conservation), des purificateurs d’eau et des chauffe-eaux. Toute une panoplie d’objets qui ont tous une utilité majeure dans cette zone reculée de la Bolivie".

On participe aux formations avec bébé en écharpe

Mais le SENTEC a voulu voir plus grand et former davantage de personnes, et ainsi favoriser le travail décent. « Nous avons pris contact avec des écoles secondaires et des écoles techniques afin de leur proposer de former leurs élèves ». Trois ans après le début de cette aventure, et grâce à une financement de Solidarité Mondiale (WSM), plus de 1000 jeunes ont acquis les techniques de fabrication leur permettant de construire eux-mêmes tous ces objets. « Nous proposons un cycle complet leur permettant de comprendre tout d’abord comment fonctionne l’énergie solaire jusqu’à des ateliers pratiques donnés à l’extérieur où nous fabriquons ensemble ces objets ». Un grand enthousiasme anime les participants. « Nous avons même beaucoup de jeunes filles, qui viennent avec leur bébés en écharpe, pour apprendre ces techniques. C’est une dimension primordiale pour nous qu’elles puissent aussi participer à cette dynamique ». Outillés, ils et elles sont désormais prêt(e)s à fabriquer ces objets pour leur familles et communautés. Les élèves ressortent également de ces ateliers conscients que l’énergie solaire peut changer leur vie quotidienne et celles de leurs parents.

En effet, l’utilisation de cette énergie propre et abondante permet d’atteindre l’autosuffisance énergétique pour des populations habitants des lieux éloignés des villes, dispersés sur les hautes plaines de l’Altiplano, dont sont issues les jeunes étudiants qui suivent ces formations. Elles économisent des ressources non renouvelables, comme le bois, qui peine à repousser sous l’effet du déboisement intensif commis par les populations. L’énergie solaire permet ainsi la régénération d’espaces verts et de végétation. Les technologies et matériaux utilisés pour fabriquer les objets solaires ont une durée de vie qui dépasse les 10 ans et peuvent être remplacés sans pour autant remplacer toute la machine.

Manque de soutien de l’État

L’utilisation de cette énergie permet d’améliorer aussi la vie quotidienne des populations. Les familles dépensent moins d’argent pour l’acquisition de combustibles fossiles, comme le gaz. Elles ne doivent plus passer des heures à ramasser des ressources énergétiques comme le bois et des excréments, et peuvent ainsi dédier du temps à d’autres activités. Ce sont surtout les femmes, habituées de ces corvées, qui peuvent s’émanciper davantage grâce à ce précieux temps libéré.
Mais le coût élevé de l’investissement dans le matériel reste un frein à la dissémination de ces objets au sein des familles de ces zones éloignées. « Il faut des matériaux de qualités pour atteindre de hautes performances énergétiques. La plupart peuvent se trouver sur le marché d’Oruro, mais il faut pouvoir avoir une mise de départ », regrette Miguel Terán qui souligne néanmoins que les ateliers que le SENTEC dispense sont gratuits, grâce à l’appui de Solidarité Mondiale (WSM). Le problème réside surtout dans le manque de soutien de l’État bolivien à ce type d’initiative. « Hormis deux champs de panneaux solaires installés par la Bolivie dans le pays, il n’y a aucune aide financière pour aider les familles à installer ces appareils chez eux ». Alors le SENTEC prend régulièrement son bâton de pèlerin et sensibilise la population et des décideurs politiques aux bienfaits de cette énergie propre, en participant à des foires, événements et autres salons publics .

Malgré ce manque de soutien, le SENTEC est persuadé de la puissance transformatrice de son projet. « Nous donnons des outils à des jeunes qui pourront, à termes, créer une entreprise d’économie sociale et solidaire afin de développer une activité professionnelle respectueuse de l’environnement. La population pourra ainsi sortir de la précarité tout en travaillant à un avenir plus durable ». L’agenda international et la nécessité d’appliquer l’Accord de Paris sur le climat lui donne raison. Tout porte à croire que l’avenir bolivien réside dans le développement de cette énergie alternative, à condition de bénéficier d’un soutien conséquent de la part des autorités !

Cuisiner, sécher, se laver avec le soleil !

Les objets fonctionnant à l’énergie solaire créés par le SENTEC ont diverses utilités pour la vie quotidienne des populations. Plusieurs fois par an, les stagiaires s’affairent ainsi à installer des nouveaux appareils, calqués sur les prototypes. Il faut être minutieux et flexible. Il s’agit d’adapter les matériaux en fonction des conditions météorologiques voire changer l’inclinaison des panneaux solaires si besoin est.
L’organisation a développé deux types de cuisinières ayant la capacité de faire bouillir de l’eau afin de cuire des aliments. SENTEC a également créé un séchoir à aliments qui permet de les conserver plus longtemps, les familles étant le plus souvent dépourvues de frigo. Dans des zones minières qui souffrent de contamination des eaux aux métaux lourds, l’organisation installe des purificateurs d’eau afin de permettre aux familles d’accéder à nouveau à l’eau potable. Dans une école ne disposant pas d’eau chaude, les stagiaires ont élaboré un chauffe-eau alimentant les douches communes.
Á chaque fois, les objets solaires sont laissés sur place afin qu’ils y trouvent une utilité immédiate pour des familles, des communautés ou des établissements scolaires. Une plus-value sociale directe qui permet d’améliorer le sort des populations tout en innovant.


Santiago Fischer, Chargé de Plaidoyer Politique à Solidarité Mondiale


Ce projet de Solidarité Mondiale a vu le jour grâce au financement octroyé par le Fonds de Sécurité d’Existence du Secteur Pétrolier.