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Avancée pour les droits au Qatar : la fin de l’esclavage moderne ?

Modifié le: 21/11/2017, 12h27

La fin d’un long calvaire esclavagiste pour les travailleurs migrants engagés dans la construction des stades de football au Qatar est annoncée ! Stop au système de kafala ! Sous la pression internationale, le pays a pris de nouveaux engagements qui marquent une percée vers l’amélioration des conditions de travail des quelques deux millions de migrants œuvrant dans le secteur.

Depuis plusieurs années, Solidarité Mondiale (WSM), la Confédération Syndicale Internationale (CSI) et d’autres acteurs dénonçaient les conditions de travail en vigueur au Qatar et principalement celles imposées aux travailleurs migrants népalais et d’autres origines. Au vu des efforts mis en place par le gouvernement Qatari, le Conseil d’Administration de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) a décidé de mettre un terme à la procédure de plainte lancée contre ce dernier. Une vague d’espoir pour les droits du travail au Qatar.

Une vie indigne pour les travailleurs migrants

En vue d’accueillir la Coupe du Monde de football en 2022, le Qatar a lancé depuis quelques années la construction de plusieurs énormes stades de foot. Le pays étant en déficit de main d’oeuvre, ce sont environ 2 millions de travailleurs migrants qui ont pris le relais et trimé dans des conditions dangereuses, absolument insalubres, tout simplement inhumaines. Depuis le début des travaux, on compte plus de 1200 travailleurs décédés sur leur lieu de travail ou en-dehors.

En 2013, un syndicat népalais interpellait la communauté internationale : "Le peuple népalais est en train de mourir au Qatar. Un à deux cercueils arrivent chaque jour à Katmandou en provenance des chantiers qataris. Il s’agit de corps d’ouvriers népalais partis pour échapper à la misère et morts sur les chantiers".

Des avancées engrangées : abolition du système kafala, médiation en cas de conflit, contrats formels écrits et salaire minimum garantit.

Jusqu’à présent, l’employeur avait la main mise totale sur les travailleurs. Ceux-ci s’engageaient pour 4 ou 5 ans au minimum pour pouvoir rembourser leur transport et leur visa. A leur arrivée, à l’aéroport, souvent ils se voyaient confisquer leur passeport, ne pouvaient donc plus quitter le pays et devaient signer un contrat en anglais qu’ils ne comprenaient pas. C’était l’engrenage du fameux système kafala, véritable système d’esclavage moderne !


Depuis peu, une nouvelle directive sur la régularisation du travail des migrants a vu le jour démantelant au fur-et-à-mesure ce système qui a piégé des millions de travailleurs migrants au Qatar.

"La nouvelle directive du Qatar signale l’amorce de vraies réformes qui mettront fin au recours à l’esclavage moderne et mettront le pays en bonne voie pour remplir ses obligations légales internationales en matière de droits des travailleurs", analyse la secrétaire générale de la CSI, Sharan Burrow. "Bien qu’un vrai engagement du gouvernement qatari se dessine en vue d’une normalisation des protections du travail pour les travailleurs migrants, il reste beaucoup à faire. Mais, ces mesures ont ouvert la voie pour que les travailleurs soient traités avec dignité et pour que leur vie et leurs moyens de subsistance soient protégés".

Dans la foulée, six autres dispositions sont entrées en vigueur :

  • L’enregistrement des contrats d’emploi (écrits signés) auprès d’une autorité gouvernementale afin de prévenir la substitution, annulation ou modification arbitraire de contrats.
  • La fin de la pratique permettant à des employeurs d’empêcher leurs employés de quitter le pays
  • La prescription d’un salaire minimum légal mettant fin au système de rémunération basé sur la race.
  • La délivrance des papiers d’identité directement par l’Etat du Qatar et donc la fin de la dépendance des travailleurs vis-à-vis de leur employeur pour la délivrance de ceux-ci, sans lesquels ils se voient refuser l’accès aux soins de santé.
  • La constitution de comités de travailleurs dans chaque lieu de travail, où les travailleurs éliront leurs propres représentants.
  • L’établissement d’un comité spécial de gestion des conflits doté d’un échéancier et chargé de traiter les plaintes et griefs.

"Ces conditions ont été remplies et nous félicitons l’Emir et le ministre du Travail du Qatar de leur engagement à moderniser leur système de relations du travail", a déclaré Sharan Burrow.

Un nouvelle vie pour les employées de maison

Enfin, une autre loi qui règle les droits du travail pour les employées de maison est également entrée en vigueur. Elles obtiennent aussi un contrat de travail en bonne et due forme. Le nombre maximum d’heures de travail est, quant à lui, limité à 10 heures, avec un droit à au moins un jour de repos par semaine et 3 semaines de vacances par an. Une petite évolution, principalement pour les femmes, dans l’Etat du golfe.

Beaucoup de mots, maintenant, les actes

Depuis 2014 et jusqu’à aujourd’hui, les partenaires d’Inde et du Népal de Solidarité Mondiale et de l’ACV-CSC BIE collaboraient étroitement sur cette problématique du Qatar. Pas étonnant car environ 400.000 travailleurs népalais et 500.000 indiens étaient concernés. Nos partenaires ont mis principalement l’accent sur la prévention. Ils informaient les travailleurs migrants avant leur départ et s’occupaient des soins au retour. Sur place, ils travaillaient également avec des organisations qui œuvraient à les unir, les protéger et les défendre. Ils prenaient également notes des témoignages inhumains apportés par les travailleurs migrants victimes de ce système.

A côté du travail de terrain, nos partenaires ont également entreprit des démarches sur le plan politique, avec l’appui de Solidarité Mondiale (WSM) et l’ACV-CSC BIE, dans le but d’interpeller et de mettre sous pression, tant les gouvernements d’Inde et du Népal que le gouvernement qatari, afin qu’ils prennent leurs responsabilités en la matière.

"Tout cela commence maintenant à porter ses fruits", commente André Kiekens, Secrétaire Général de Solidarité Mondiale (WSM). "Nous sommes particulièrement satisfaits que l’OIT et les autorités qataris aient conclu un accord de coopération pour la période 2018-2020. Dans le cadre de cette nouvelle collaboration, un bureau de l’OIT va s’installer au Qatar et contrôlera la mise en oeuvre de toutes les nouvelles directives. De plus, le gouvernement qatari a prévu de les aider dans le renforcement de leurs inspections du travail sur les chantiers", ajoute-t-il.

"La pression internationale a payé", commentait Luc Cortebeeck, actuel Président du Conseil d’Administration de l’OIT, dans une interview radio (Radio 1) de cette semaine. De plus, il espère que les progrès en vue au Qatar serviront d’exemples pour d’autres pays de la région, tels que l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis où le système kafala continue d’être largement pratiqué.

Lire aussi : https://www.ituc-csi.org/les-nouveaux-engagements-du-qatar

Donatienne Coppieters & Bart Verstraeten