C’est dans une favela près de João Pessão que les jeunes de la JOC nous ont accueillis le vendredi 22 janvier. Ce lieu, ils l’appellent la « communauté de Ximino ». C’est là qu’un groupe de base nous a ouvert les portes d’une maison qui leur est prêtée afin de fabriquer des produits ménagers. Né dans la perceptive d’avoir un travail décent, ces jeunes, en partenariat avec une ONG, fabriquent environs 500 litres de produit ménagers par mois : eau de javel, produit vaisselle, adoucissant, désinfectant. Dans la communauté, il y a beaucoup de femmes qui travaillent comme femmes de ménage, c’est pour cela que l’idée des produits d’entretien leur semble être la meilleure. Après avoir suivi une formation sur l’économie solidaire et sur les moyens de production possibles pour fabriquer les produits, ils se sont lancés.

Depuis 2006, la communauté de Ximino voit passer la brouette de produits d’entretien que les jeunes livrent à domicile. Ils ont également des dépôts de vente dans les commerces locaux. Ils ne peuvent s’exporter plus loin que leur communauté. Premièrement pour l’aspect financier que demande l’officialisation de leur production. Deuxièmement, surtout parce que cela implique qu’ils soient une entreprise ou une coopérative, ce qui impose d’avoir un président, un trésorier, un secrétaire. Or, ils veulent que tous les jeunes soit égaux et sans patronat.

C’est la quatrième génération de jeunes qui produit en 10 ans. Si le turn-over est si grand, c’est parce que leurs recettes sont maigres et que les jeunes finissent par devoir trouver un emploi mieux rémunéré. L’argent qu’ils gagnent ne leur sert que pour les transports qu’ils prennent pour venir jusqu’à la maison communautaire et de temps à autre pour aller manger tous ensemble. Pour essayer de redynamiser leur petite entreprise, ils sont en train de réaliser une étude afin de mieux cerner les besoins de la communauté, en termes de produits ménagers.

C’est donc avec la tête pleine d’espoir et d’idées de nouveaux projets que nous quittons le groupe, après une riche discussion sur « limpo », leur marque de produit, créée pour rêver à un monde meilleur.

Mots clés: Brésil


Une fois de plus, nous avons été chaleureusement accueillis par nos partenaires du MTC, Mouvement des Travailleurs Chrétiens. En particulier, nous avons rencontré des militants de deux mouvements régionaux du Nord-Est du Brésil (région de Recife). Le MTC est composé de plusieurs mouvements tant sociaux que culturels qui ont pour objectif de promouvoir les droits sociaux, culturels et politiques des travailleurs. Les actions du MTC sont basées sur trois axes :

  • L’économie solidaire : le MTC a créé en son sein une association de femmes brodeuses afin de favoriser l’empowerment féminin, l’émancipation des femmes dans la vie sociale, économique, politique ou encore culturelle.
  • la lutte pour des conditions de vie décentes au travers des actions en faveur des commerçants ambulants/informels et d’autre part, pour des transports publics de qualité. A titre d’exemple, les métiers de commerce ambulants sont menacés de disparaître suite à une politique institutionnelle de la municipalité (ce qui correspond à la commune en Belgique). Dans son combat pour une vie décente en faveur des travailleurs, le MTC collabore étroitement avec les syndicats.
  • la dimension politique et idéologique : défense de la démocratie, le combat pour une réforme du système politique brésilien afin de garantir une protection sociale et enfin, la démocratisation des médias (diffusion d’un journal « Brasil de Falto » dont l’objectif consiste à encourager l’accès des médias à tous, en particulier les ouvriers). En effet, la démocratie est affaiblie par la puissance du pouvoir économique. Au sein du gouvernement brésilien, les campagnes électorales de certains partis notamment conservateurs sont financées par les entreprises privées.

Le MTC participe également aux conseils municipaux/communaux pour influencer favorablement les politiques publiques notamment dans les secteurs de l’éducation ou de la sécurité alimentaire à l’école.

D’un point de vue culturel, le MTC est impliqué dans un projet intitulé « le dragon blanc » qui vise l’accès aux sports (tels que le karaté) et aux loisirs en faveur des adolescents qui vivent dans la précarité caractérisée parfois par le drogue et la prostitution. Le but de ce projet est de favoriser l’émancipation tant citoyenne que scolaire des jeunes précarisés.

Si nous comparons les actions du MTC avec notre MOC, nous constatons que le MTC ressemble aux Equipes populaires. En effet, les militants du MTC utilisent également la méthode de Cardijn « Voir, Juger, Agir » dans leur processus de formation socio-politique afin de contribuer activement en tant que citoyens, aux changements sociaux.

Enfin, hier, nous avons eu la chance de rencontrer le MTC à Volta Redonda dans l’Etat de Rio de Janeiro. Nous avons été chaleureusement accueillis par des paroles issues de chansons françaises comme « Frère Jacques ». Quant à ses actions, celles-ci sont relativement semblables à celle du MTC de Recife (Nord-est).

Nous regretterons la bonne ambiance tant au sein du groupe qu’avec nos accompagnateurs de l’UGT Paulo et Debora, sans oublier la convivialité et l’humilité de tous les partenaires soutenus par Solidarité Mondiale (de manière directe ou indirecte via l’UGT). En effet, nous quittons déjà Rio de Janeiro demain soir. Nous rentrerons en Belgique non seulement avec un sacré « bagage » pour notre campagne « une protection sociale pour tous ! », mais aussi plein d’espoirs pour renforcer notre lutte commune au Nord comme Sud contre l’injustice sociale, mais ce ne sera pas sans un petit pincement au cœur…

Elodie, Ingrid, Zoé, Antoinette, Etienne et Stéphanie.

Incontesté pour son football, et connu aussi pour ses nombreux contrastes, le Brésil n’est guère à la pointe pour la personne handicapée.

En effet, nos rencontres avec des travailleurs des secteurs de la pêche, des oranges et de l’agriculture, nous montrent malheureusement la vie très précaire de certaines catégories de travailleurs et travailleuses, et encore plus s’ils sont handicapés ou malades.

Organisé dans le cadre de la campagne 2015, ce voyage d’immersion au Brésil était l’occasion de vivre une expérience unique. Ma participation à cette mission sociale représente également mon inclusion et mon intégration, en tant que personne à mobilité réduite, dans cette formidable aventure.

Malgré la barrière linguistique, la solidarité du groupe ainsi que le dévouement de nos hôtes (accompagnateurs, traducteurs, et toutes les personnes rencontrées), me permettent de prendre part activement et dans une très bonne ambiance à la majorité des activités. Avec un minimum de bonne volonté de chacun, les difficultés tant au niveau de l’accessibilité que de la mobilité sont rapidement levées.

Pourtant, ici la personne handicapée est, dans la vie quotidienne, totalement évitée voire exclue.
Le premier exemple est celui des transports et de la mobilité. En effet, même si des autocollants sont apposés sur les véhicules (minibus, autocars,…), ils ne sont pas conçus ni adaptés aux personnes en chaise roulante ou aux personnes à mobilité réduite tout simplement. Les autres infrastructures, telles les toilettes dans les restaurants, aéroports et aires d’autoroutes sont quant à elles mieux adaptées.

Dans certains autres domaines, des réglementations existent, plus ou moins appliquées. Dans l’enseignement, la loi prévoit l’accompagnement pour les sourds et muets par un traducteur en langue des signes. Malheureusement, en pratique, c’est totalement différent : la loi est contournée dans de nombreux cas. Par ailleurs, même si dans la formation des éducateurs, des cours sont prévus sur la langue des signes et la personne handicapée, ils ne sont généralement pas engagés spécifiquement pour cet aspect de leurs compétences.

Dans le domaine professionnel, la mise au travail est favorisée par l’aménagement du poste de travail. Par contre, les employeurs prétextent la perte de temps qu’engendre la présence de personnes handicapées pour l’entreprise.

Selon la loi, un quota de 15 % de personnes déficientes doit être respecté dans chaque entreprise mais une fois encore la pratique est totalement différente. Et dans ce cas-là, une amende doit être payée.

Enfin, au Brésil il n’existe pas d’AVIQ (Agence pour la vie de qualité – qui remplace l’AWIPH depuis le 1er janvier 2016 et la régionalisation des compétences). Les personnes handicapées restent isolées dans leurs familles car il n’existe pas d’institutions d’accueil et d’hébergement. Par ailleurs, les personnes handicapées sont pensionnées dès l’âge de 16 ans car il n’y a pas de revenus d’intégration ou de remplacement : ces personnes passent donc directement à la case « pension ».

La richesse des rencontres et des expériences vécues ainsi la prise de conscience des réalités du Sud en ce qui concerne la personne handicapée me donnent envie de poursuivre ce voyage à mon retour pour améliorer l’inclusion de tous partout !

Un article rédigé par Véronique Derbeque, ALTEO Hainaut Oriental

Mots clés: Brésil

Ce jeudi, nous avons été plongés au cœur de l’agriculture rurale du département de Sao Paulo.


Tout d’abord, lors d’un échange émouvant avec Otavio Brito Lopes, procureur général du travail au ministère public du travail de Bauru, nous avons été informés des missions du ministère, consistant à vérifier si la loi relative au travail est bien respectée par le patronat, notamment dans le secteur agricole. Nous avons pu mesurer la difficulté pour les inspecteurs du ministère de faire leur travail sur le terrain. L’accès aux exploitations agricoles est souvent difficile voire interdit par les propriétaires qui abusent très régulièrement des droits des travailleurs. De plus, l’inspecteur du ministère du travail nous a informé sur la difficulté de contrôler les conditions de travail dans les vergers d’orangers ou encore au sein des champs à canne à sucre. En collaboration avec les syndicats, il tente des procédures judiciaires et condamne les multinationales par des amendes. L’État soutient faiblement le ministère du travail car le budget qui lui est octroyé est très minime (0,08%). C’est pour ces raisons qu’Otavio insiste sur la nécessité de collaborer avec les syndicats.

Ensuite nous avons pu échanger avec des responsables de syndicats issus de l’agriculture rurale. Ces derniers luttent pour la mise en œuvre d’une réforme agraire permettant de faire face à l’accaparement des terres et mettre en œuvre une réelle redistribution des terres aux petits paysans qui ont souvent été expulsés des leurs. L’État brésilien, propriétaire d’une partie des terres, en tire profit en les vendant aux multinationales. Des multinationales comme Monsanto collaborent avec l’État pour s’accaparer la terre et expulser les paysans.

Certains paysans occupent une terre de manière collective, mettant en évidence que « la terre appartient à ceux qui la cultivent », et non pas aux spéculateurs. Ils réussissent, par ces occupations, à subvenir aux besoins de leurs familles. L’endroit où nous nous sommes rendus était un «  assentamiento », c’est-à-dire une occupation des terres, le plus souvent inoccupées ou inexploitées par leur propriétaire (état ou privés), occupation qui a été reconnue par l’état. Par ce statut, l’état reconnaît aux paysans le droit de l’occuper et de l’exploiter, sans la détenir de manière définitive. Leur avenir est donc incertain, un changement politique pouvant à tout moment en interdire l’occupation.

Lors de notre visite, nous avons eu l’opportunité de rencontrer plusieurs agriculteurs. Nous avons ainsi discuté avec Pedro, un agriculteur allemand dont les parents ont migré au Brésil (dans le sud de cet immense pays, où vivent beaucoup d’immigrés allemands). Nous l’avons accompagné dans son lopin de terre où il nous a montré ses ruches et tout le processus de récolte du miel. Nous avons également discuté avec Anna, qui nous a montré sa parcelle de culture vivrière et toute la difficulté qu’ont les agriculteurs à vivre de leur production par manque de soutien financier de la part de l’État. Par ailleurs, elle nous a expliqué le dilemme dans lequel ils se trouvaient : une production trop faible rapporte peu et une production trop importante ne trouve pas d’acquéreur.

Étant donné les nombreux obstacles imposés tant par l’état que par les multinationales afin de continuer à maximiser le profit en exploitant les travailleurs, certains paysans perdent espoir et ne croient plus en la possibilité d’une réelle réforme agraire. Certains délaissent définitivement la campagne pour migrer en ville, où des conditions de grande précarité les attendent (pauvreté, drogue, prostitution).
C’est pourquoi, notre rôle en tant que délégation belge du MOC et des organisations est primordial pour soutenir nos partenaires dans leur lutte pour défendre les droits des travailleurs brésiliens. Solidarité Mondiale a déjà construit une campagne de sensibilisation par rapport à la problématique de l’exploitation humaine dans le secteur des oranges en 2014 et 2015.

Le fait d’avoir pu concrétiser cette campagne sur le terrain ne fait que de renforcer notre combat en faveur d’une justice sociale pour les travailleurs du Sud. En effet, nous ne sommes pas prêts de nous arrêter en si bon chemin pour soutenir, « coûte que coûte », nos amis brésiliens...

L’équipe de nuit : Antoinette, Elodie, Stéphanie et Zoé

Mots clés: Brésil

Oranges amères

Jeudi 21. Réveil à 5 heures pour être à l’heure à notre rendez-vous matinal. Et il est de taille : arriver en même temps que les récolteurs d’oranges sur leur lieu de travail . Après 3/4 d’heure de route déjà baignés par le lever de soleil, nous doublons même un des autobus déglingués, marqués en grandes lettres « RURAIS », qui transportent les travailleurs que nous rencontrerons peut-être ce matin. La fin du trajet est chahutée. Une piste en terre rouge, où notre minibus patine ou nous secoue sèchement au gré des ornières laissées par les dernières pluies. Notre chauffeur Marcos est contraint à l’arrêt face à un tronçon trop délicat à franchir.


Quand le bruit d’un autre moteur se fait entendre, il se poste sur la piste et fait signe quand le bus RURAIS arrive à notre hauteur. Après une courte explication, notre groupe monte à bord. Les rideaux sont tous tirés à moitié et l’on distingue à peine les visages burinés des cueilleurs d’oranges, déjà tous habillés de leur combinaison bleue. L’espace confiné est déjà saturé d’odeurs de transpiration. On profite des derniers km pour leur expliquer la raison de notre présence et Stéphanie a déjà trouvé une candidate pour se prêter à l’exercice du port de la caméra Go-pro, afin de filmer du point de vue du travailleur les différents gestes qu’il pose.

À notre arrivée sur le site, les responsables s’étonnent évidemment de notre visite surprise. Pendant que les premières discussions se déroulent, nous observons les travailleurs qui prennent leur sac pouvant contenir 200 kg d’oranges. Ils le rempliront en moyenne 40 fois sur la journée. Nous voyons aussi notre bus passé sous une douche de désinfection. Les travailleurs y remontent sans nous et partent vers les vergers.

Pendant que Marcio (Marcio Bertolucci, avocat à l’UGT,que Solidarité Mondiale accueilli en février 2015 dans le cadre de la campagne « Pressés comme des oranges ») négocie à l’écart notre entrée avec les responsables de la firme Louis Dreyfus, nous en profitons pour discuter avec Antonio Boava, Président du syndicat des employés ruraux, qui nous avait accompagné pour cette visite-action.Il nous explique les coulisses du secteur. Les visites refusées même à l’inspection du travail, la société préférant payer les amendes. Quand Marcio réapparaît une heure plus tard, on s’en doutait, nous ne sommes pas les bienvenus et notre accès à l’exploitation est refusé sous prétexte d’un problème environnemental. « Vous donnez vraiment une très mauvais image de votre entreprise. Comptez sur nous pour faire passer le message  ! », dira-t-on au responsable présent sur le terrain, qui ne fait qu’appliquer des consignes reçues de plus haut. Des consignes qui auront vite fait le tour des autres implantations liées à la société Dreyfus. En effet, notre programme prévoyait une visite des logements de ces travailleurs dans l’après-midi. Fin de matinée, de retour au syndicat, Marcio nous apprend que le rendez-vous est subitement annulé.

Sujet à suivre dans un prochain article

Mots clés: Brésil
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