Ces 2 et 3 décembre, la première réunion de la Communauté des Etats Latino-américains et des Caraïbes (CELAC) rassemblera tous les gouvernements du sous-continent, Amérique centrale, du sud et des Caraïbes. C’est un moment important pour l´avancée de l’intégration continentale et pour l’indépendance des pays, notamment vis-à-vis du grand voisin nord-américain. Cette étape supplémentaire s’inscrit dans un mouvement qui a pris de l’ampleur sous le leadership des pays progressistes du continent, Venezuela, Brésil, Argentine et Bolivie en tête. Cette avancée diplomatique renforcera sans doute le rôle des pays latino-américains et des caraïbes dans le concert des nations. Mais c’est également un pas supplémentaire vers le rêve de Simon Bolivar, libérateur de nombreux pays du continent au 19ème siècle, qui ne voyait de salut que dans une intégration de tous les pays latino-américains pour faire contrepoids aux grandes puissances de ce monde.
Ce sommet, si diplomatique et politique soit-il, est en phase avec les transformations, profondes, du sous-continent. Transformations politiques, économiques et sociales vont de pair avec la recherche d’une nouvelle identité latino-américaine. Identité forcément plurielle, mais résolument anticoloniale. Malgré 200 ans d’indépendance, le sentiment colonial reste très fort en Amérique latine, les élites blanches dominent encore souvent la politique et l’économie, laissant les populations noires et indigènes dans un grand dénuement.
A ce titre, la Bolivie joue un papier essentiel. L’élection de Evo Morales Ayma a représenté un changement profond. Et ce n’est pas seulement l’élection d’un président, mais c’est tout le protagonisme indigène dans ce pays qui participe de cette “révolution”. Les gens que nous avons rencontré ici nous le dise : malgré les difficultés quotidiennes qui subsistent, tout est en train de changer, plus rien ne sera comme avant... Les exclus de toujours ont retrouvé une dignité.
C’est peut-être dans cette recherche d’identité et dans le protagonisme des classes populaires que réside le plus grand apport du “cambio boliviano”.
Sebastian
Maintenant, c’est le gaz qui constitue la première ressource économique du pays. Une part importante du gaz bolivien est, suite à des accords commerciaux, vendue au Brésil et à l’Argentine. Et le secteur minier ne constitue pas la deuxième ressource. Il figure bien loin derrière le narco trafic, mais aussi l’argent versé par ceux qui ont émigré à leur famille restée au pays. Il n’est pas rare, dans le village, de croiser une population composée majoritairement de personnes âgées et de jeunes femmes avec des enfants en bas âge. Les jeunes et les hommes se sont installés en ville pour étudier et travailler… ou ont quitté le pays.
Aujourd’hui, le phénomène de crise économique en Europe inquiète. Les Boliviens émigrés en Espagne, par exemple, perdent leur emploi et ne peuvent plus envoyer à leur famille les mêmes montants que ceux qu’ils expédiaient alors qu’ils avaient du travail. Un autre phénomène est aussi la croissance de la migration de femmes, les marchés de l’emploi étant, dans les pays de migration, à la recherche de travailleurs pour des secteurs largement féminisés comme celui du service aux personnes, de la santé…
La Bolivie ne fait pas exception. Travailler à la mine provoque aussi d’importants dégâts de santé pour ceux qui gagnent leur vie en extrayant les minerais ou métaux des entrailles de la terre. Une pension plus rapide que le reste du secteur formel n’empêche pas, par exemple, les dégâts de la silicose.
Le secteur minier est certes dans le secteur formel, celui où il existe une sécurité sociale, des caisses de santé et un droit à la pension. Il ne faudrait pas en conclure que le secteur formel soit, dans l’économie bolivienne le secteur privilégié. La fracture de la pauvreté ne se situe pas là. On peut être paysan ou vendeur au marché et disposer de revenus suffisants. Chaque famille bolivienne essaye de diversifier les situations. Il n’est pas rare d’être à la fois ouvrier et d’avoir une occupation marchande informelle. Comme il n’y a pas d’allocations de chômage, la perte d’un emploi ne signifie pas, alors, la perte de tout revenu.
Il est bien sûr impossible de développer en quelques lignes la situation et les enjeux de l’économie bolivienne aujourd’hui ainsi que ses conséquences pour la population. Mais il est sans doute important d’abord de comprendre la complexité de la situation et en conséquence la complexité des réponses à apporter.

Dimanche 27 novembre. Nous avons partagé quelques heures le quotidien des mineurs. Le secteur minier appartenait d’abord au secteur privé. Parmi les propriétaires célèbres, la famille Patino qui fut, au milieu du XXè siècle, la troisième fortune au monde et dont les descendants sympathisent aujourd’hui avec la noblesse et la haute bourgeoisie européenne. Lors de la révolution de 1952, le secteur fut nationalisé. L’Etat bolivien a alors créé la COMIBOL, la société publique des mines de Bolivie. Le secteur minier représentait alors le secteur central de l’économie du pays. La COB, organisation syndicale unique, était, elle aussi, organisée autour de la Fédération des Mineurs. Ces derniers, très combatifs, étaient généralement idéologiquement dans les courants marxistes léninistes ou trotskystes. Après des périodes de dictature, le retour à la démocratie en 1983 fut aussi une période d’emballement de l’inflation, mais aussi de mise en place de recettes économiques néolibérales. Des mines furent fermées et de nombreux emplois perdus. Le Mouvement syndical fut aussi largement affaibli. L’Etat a également laissé la place aux structures coopératives. Ces dernières ne sont pas propriétaires des galeries qu’elles exploitent, devant payer une location à l’Etat.
C’est la fédération des Coopératives de Mineurs de Norte Potosi qui nous a accueillis et nous a permis de descendre, avec eux, durant 1 heure trente dans la mine.
Dans cet important centre minier de Llallagua, c’est l’étain que les mineurs cherchent, remontent et trient. Les conditions de travail et d’exploitation du minerai se sont dégradées et sont devenues très pénibles ces dernières années.
Paradoxalement, le nombre de mineurs augmente. Deux facteurs jouent dans ce sens : d’une part, l’augmentation du prix des minerais, fixé à Londres et dont bénéficient les coopératives productrices et, d’autre part la faible importance d’autres activités professionnelles pour la population de la région. La mine ou l’agriculture. Il n’y a guère d’alternatives.
La région est montagneuse et désertique. On y rencontre des troupeaux de lamas avec leurs bergers. Mais la terre, dans toute cette région produit de moins en moins. Si les entrailles de la terre permettent d’extraire de précieux minerais, l’exploitation des mines provoque aussi d’importants dégâts écologiques. Un ancien mineur, participant aujourd’hui aux activités pour personnes âgées à Machacamarca, nous confiait que la terre dans la région était polluée de manière très importante. Une pollution des eaux, une pollution du sol et une autre amenée par les vents chargés de particules. Aujourd’hui, nous disait il, il faut creuser au moins 5 mètres pour avoir une terre encore capable de produire des aliments.
Le sous-sol de la Bolivie regorge de richesses. Ces dernières représentent une des sources importantes de financement du pays, même si, nous le verrons, sa place dans l’économie a fortement régressé. La transformation des minerais ou autres matières premières, en Bolivie, est sans doute trop faible. Mais à coté du développement de l’exploitation des mines et de la transformation des minerais extraits, se pose la question de la protection de l’environnement et en conséquence d’autres richesses indispensables pour la population comme celles que lui procure l’agriculture.
Même si la population est plutôt jeune (60 % des Boliviens ont moins de 30 ans) et que espérance de vie – moyenne nationale- n’est que de 66 ans [1], il y a quand-même beaucoup de personnes âgées. Théoriquement, l’état bolivien garantit à chaque personne un revenu annuel de 2400 Bolivianos (240 Euros) à partir de 65 ans.
Les 20% de Boliviens ayant cotisé avant leur admission à la retraite (ce sont les fonctionnaires et les ouvriers et employés du secteur formel tels les mines et les grandes entreprises) ne perçoivent que 1300 Bv. par an mais totalisent plus vu le complément qu’ils percevront du fait de ce statut (complément variable selon l’assurance souscrite par l’employeur et le nombre d’années de cotisation).
Les 80% de Boliviens retraités ayant droit à 2400 Bv par an peuvent les réceptionner en mensualités de 200 Bv (20€) ou par trimestre ou d’un coup, une fois l’an. Dans les campagnes, toucher sa retraite n’est pas facile : il faut une carte identité qu’on ne peut obtenir qu’à la capitale ou au chef-lieu d’une des 9 provinces. L’immensité du pays (56 x la Belgique), la géographie difficile, l’état des routes et la crainte – justifiée – de ces longs déplacements hasardeux (à répéter pour chaque perception car les gens n’ont généralement pas de compte bancaire et la poste n’assure pas de distribution de mandats) font qu’une partie des Boliviens n’obtiennent pas leur pension.
L’obtenant ou non, le montant est si minime que les soi-disant retraités continuent a travailler jusqu’à l’impotence totale ou jusqu’au décès.
La solidarité familiale est réelle et les vieillards vivent généralement dans le ménage de l’un de leurs nombreux enfants. Mais dans beaucoup de régions rurales émigration des jeunes est tellement importante que les villages ne sont composés que de vieillards et de petits-enfants laissés à leur garde. Ces villageois âgés survivent grâce à leurs animaux et à leurs modestes cultures vivrières ou potagers et reçoivent épisodiquement de l’argent transmis par leurs enfants depuis leur pays d’immigration ou depuis la capitale LA PAZ.
Des structures d’accueil publiques pour personnes âgées existent dans les grandes villes. On ne peut les appeler “maisons de retraites”. Ce sont des hospices craints de tous, considérés comme des mouroirs dans lesquels les soins minimaux ne sont même pas prodigués.
Georges
[1] La mortalité infantile élevée, les nombreux décès des mères au moment de l’accouchement et les morts violentes (accidents divers et meurtres) tirent les statistiques de espérance de vie vers le bas.
Découverte intéressante dans la ville d’ORURO et dans la Commune rurale de MACHACAMARCA.
L’association privée SENTEC, soutenue par des O.N.G. occidentales a mis en place avec les services publics de santé (présents dans SALCO) des actions concrètes d’accompagnement des personnes du troisième age dans leur vie quotidienne.
Nous avons rencontré les personnes âgées, 17 femmes et 3 hommes, qui fréquentent chaque vendredi après-midi les locaux aménagés pour elles à Machacamarca.
4 étapes jalonnent leur après-midi :
- Massages des mains et des pieds (réflexologie) + traitement de leurs infirmités .
- Gymnastique douce.
- Prières, chants et infos sur l’alimentation saine.
- Repas équilibré et convivial.
Une fois par mois, le groupe et les deux travailleuses sociales les encadrant se rendent aux eaux thermales proches de la localité.
TÉMOIGNAGES DES BÉNÉFICIAIRES :
Le vendredi est très attendu. Les massages et les pommades (élaborées a partir de plantes cultivées sur place et préparées à Oruro par SENTEC) soulagent énormément. Une autre dame ajoute qu’elle peut de nouveau marcher et aider autour d’elle grâce a la revalidation. Une autre exprime toute la joie de se retrouver ensemble, de chanter, de papoter. Une autre remercie le personnel d’accompagnement, le docteur et le centre de santé. La présidente des 3 x 20 explique qu’elle est en contact avec les autorités et qu’elle veille à ce que la mairie garantisse la mise à disposition du local de reunión.
La collaboration entre autorités et O.N.G. est importante : un contrat de 5 ans doit être signé.
Comme membre belge de l’U.C.P. – section sports Senior du Plateau de Herve, je reçois des mains de la présidente la publication “ Acompañar a la persona de la tercera edad en su vida cotidiana” (Accompagner la personne du troisième âge dans sa vie quotidienne), publication illustrée de photos rédigée par SENTEC et SALCO. Elle est le fruit de l’expérience vécue ici et brosse aussi un tableau de la situation de la personne âgée en Bolivie :
- Droits
- État de santé
- État de nutrition et difficultés particulières
La brochure, attractive et accessible, insiste sur la nécessité de former des aidantes pour accompagner les personnes âgées. Elle explique aussi que chacun doit se préparer à son troisième age.
La publication est aussi destinée à attirer l’attention, le regard et la place à accorder par les autorités boliviennes à la personne âgée : tout reste à faire ici.
Georges
