Lundi matin, nous avons repris la route pour faire une boucle de deux jours en direction du Sud du pays. Nous nous sommes à nouveau arrêtés à Gitega pour acheter de quoi pique-niquer… Sachez qu’au Burundi aussi, les supérettes sont tenues par des pakistanais qui vendent également des produits Colruyt !

L’étape suivante était Makebuko, un peu plus bas que Gitega, où nous avons visité le projet d’Agakura.
Des jeunes y ont l’opportunité de suivre des formations dans différents domaines : élevage de porcs, fabrication artisanale de tuiles, culture d’agrumes et de différentes sortes de légumes (tomates, aubergines, haricots, …), pisciculture (tilapias et poisson-chat). Ils ne sont pas rémunérés durant leur formation mais bénéficient chaque jour des récoltes pour leur ration alimentaire. Tous les projets sont mis en œuvre dans un souci de développement durable : une véritable réflexion est réalisée sur les techniques utilisées pour éviter l’érosion des sols. L’objectif est de permettre aux bénéficiaires de lancer leurs propres activités génératrices de revenus dans le respect de leur environnement. Le projet d’Agakura dispose également d’un magasin où leurs productions sont mises en vente : vins d’ananas, de bananes, de citron, jus d’ananas, sirop de citron, confitures d’ananas et de prunes du japon. En outre, les productions agricoles sont également vendues sur les marchés alentours. Agakura profite donc non seulement aux jeunes qui bénéficient de ses formations, mais aussi à toute la communauté aux alentours !

Pour terminer la journée, nos amis burundais tenaient à nous montrer un site remarquable du pays : les chutes de Karera. La vue était certes spectaculaire mais nous sommes arrivés un peu tard pour profiter pleinement du site. Et au retour, un barrage (une corde à linge tenue de part et d’autre par deux sympathiques villageois) nous attendait pour nous rançonner la dîme communale improvisée à l’occasion de notre passage…

Mardi : rencontre dite de courtoisie avec l’évêque local avant d’aller visiter un centre de santé de Rutana… Les échanges avec l’évêque s’avèrent plus intéressants qu’imaginé et nous voilà introduit à une nouvelle donne sur le Burundi. Il nous explique en effet la situation difficile vécue par les réfugiés burundais en Tanzanie qui ont été rapatriés au Burundi. Comme la guerre est finie, le HCR et les gouvernements burundais et tanzanien ont signé un accord pour le retour au pays de tous ces réfugiés, mais leur réintégration n’est pas toujours évidente. Des dizaines de milliers n’ont pas retrouvé leur maison ; des enfants ont été catapultés à l’école en kirundi, alors qu’ils étudiaient jusque-là en anglais ou swahili… Ces jeunes souvent finissent par lâcher prise et deviennent vendeurs de rue. Cette question des migrations (du Congo et de la Tanzanie), ajoutée à une natalité galopante (le Burundi a un des taux de natalité les plus élevés d’Afrique), font de la démographie très importante (300hab/km², presque comme la Belgique !) une véritable bombe à retardement pour le pays.

Ensuite, Edmond a tenu à nous mener à un lieu « mythique », la source du Nil. A côté, une crête partage les eaux entre le bassin du Congo et le bassin du Nil.

Avec les femmes à Ijenda
Vers Bujumbura, nous avons rencontré un groupe de femmes d’Ijenda qui se sont rassemblées pour organiser spontanément la solidarité en milieu rural avec un projet agricole communautaire. Les gens dans l’adversité ne se laissent pas faire, et s’organisent… Et les femmes portent (littéralement) beaucoup de choses dans les foyers.

Enfin, cette ultime journée de rencontre s’est clôturée avec un moment partagé avec des représentants de la CSB, confédération syndicale du Burundi, pendant lequel nous avons pu échanger sur les réalités syndicales de nos deux pays… Et sur la nécessité toujours plus grande d’une solidarité entre les travailleurs du monde pour changer un système capitaliste qui les épuisent !

Bref, ces quelques jours au Burundi ont été bien remplis et nous ont donné l’occasion de nous familiariser avec la réalité de ce pays… Dans une perspective plus large, celle de la région des Grands-Lacs, une région qui nous aura marqué en 2 semaines pour un très long moment !

Mots clés: Grands Lacs

Nous sommes arrivés au Burundi dans l’après-midi du jeudi 22 novembre… Nous nous sommes installés à l’hôtel Saga Plage situé au bord du lac Tanganyika dont le cadre contrastait fortement avec le climat de tension du Sud-Kivu que nous venions de quitter à contre-coeur. Il a fallu que chacun digère cette transition difficile… Heureusement, la cohésion de notre groupe n’a pas été ébranlée par cette épreuve mais s’est au contraire révélée plus solide encore !

Nous avons été accueillis par Vincent, partenaire des voyages solidaires à Uvira, ainsi que par Edmond et Léonard qui travaillent tous deux pour Solidarité Mondiale dans la région des Grands Lacs. Grâce à leur collaboration, nous avons pu construire au pied levé un programme de voyage d’immersion au Burundi et aller à la rencontre de projets de la société civile similaires à ceux que nous aurions pu visiter au Sud-Kivu.

Ainsi, dès le lendemain matin, nous sommes partis pour deux jours vers le centre du pays, à Gitega. Nous y avons rencontré le secrétaire exécutif de l’ODAG, l’Organisation diocésaine de développement de l’archidiocèse de Gitega, partenaire de Solidarité Mondiale, qui nous a présenté le projet des mutuelles de santé ainsi que leurs activités sociales satellites. Nous nous sommes ensuite rendus sur le terrain pour visiter différentes institutions accueillant des personnes handicapées (aveugles, sourds-muets, moteurs et mentaux). Le travail de ces centres nous a beaucoup impressionnés au regard des conditions matérielles et humaines. Des enfants viennent de tous le pays car il n’existe que très peu de centre de ce type au Burundi… Le personnel n’est clairement pas suffisant vu la demande mais malheureusement les moyens disponibles ne permettent pas d’en engager davantage. Malgré cela leur dévouement et leur professionnalisme nous a laissé pantois. Le lendemain, nous avons échangé avec un groupe de mutualistes sur les systèmes de soins de santé de nos deux pays. Des hommes et femmes de tout âge s’organisent pour alimenter une caisse de solidarité qui leur permet de s’entraider dans les moments difficiles de la vie.

Au cours de ces deux jours, nous nous sommes restaurés au Cercle, auparavant fréquentés par les colons belges. Cette maison ne fait pas crédit « sauf aux personnes de plus de 95 ans accompagnés de leurs parents ». Et oui, les burundais aussi ont de l’humour !

Dimanche, nous avions besoin de nous déconnecter des émotions vives des jours précédents. Nous avons donc lourdement insisté auprès d’Edmond pour enfin faire un peu de shopping ! Mais avant, nous avons rencontré le père Déogratias, coordinateur d’Agakura, association qui œuvre à la réinsertion socio-professionnelle en milieu rural de jeunes de la rue entre autre, organisation soutenue également par Solidarité Mondiale. Ce fut également l’occasion de mieux comprendre le contexte inter-ethnique dans la région des Grands Lacs avec des échanges entre congolais et burundais très éclairants.

Enfin, et malgré les inquiétudes d’Edmond, notre "planificateur situationnel" - comme dirait Jeannette - nous avons arpenté les allées du marché central de Bujumbura où nous nous sommes ruées sur les pagnes et avons dévalisé les stocks de bijoux au marché des artisans ! Ensuite, répondant à notre souhait de s’imprégner de l’ambiance locale, notre Edmond nous a emmenés faire une ballade dans un quartier populaire où les gazelles n’ont pas pu s’empêcher de repérer un autre marché et d’y faire encore quelques emplettes.
(Nous signalons à Arnaud qu’entre deux échoppes, nous avons pris le temps de visiter les bureaux de Solidarité Mondiale à Bujumbura… Nous avions besoin d’aller au petit coin ! :D) Nous espérons que tu as un peu d’humour congolais ! ;)

Enfin, pour terminer la journée en beauté, Edmond nous a fait la surprise de nous emmener dans un bar local de Bujumbura… L’ambiance du Relax Bar un dimanche à 18H n’a rien d’un thé dansant guindé… On y passe de la musique congolaise à laquelle personne ne peut rester indifférent… Les gazelles ont enflammé la piste… Au grand bonheur de Camille qui attendait une telle soirée depuis très longtemps !

Mots clés: Congo - Grands Lacs

Engagement et espérance du peuple congolais_
La violence et l’insécurité récurrente vécue par le peuple congolais doit cesser. Depuis plus de 15 ans, la région du Kivu n’a pas connu de paix durable... La population subit des guerres cycliques (1998 - 2002 - 2004 - 2012) auxquelles aucune solution structurelle n’est apportée. La population est donc contrainte de (sur)vivre au jour le jour : 90% de la population vit dans l’extrême pauvreté et de l’économie informelle. Cette situation contraste avec les richesses du pays : minières, vivrières... qui suscitent tant de convoitises. C’est une malédiction des ressources !

L’insécurité alimentaire est frappante vu le nombre de surfaces cultivées... Nous avons constaté que la population de Bukavu vit littéralement sous perfusion extérieure pour se fournir les produits de première nécessité... Ainsi, par exemple, le riz consommé dans la capitale du Sud-Kivu est importé du Pakistan et de Tanzanie alors qu’il est produit à Sange, au sud de la province ! Ceci s’explique par la situation chronique d’insécurité, mais aussi par l’état déplorable des routes qui empêche le transport intérieur des produits intérieurs. Selon les dires locaux, le revêtement des routes à Bukavu n’est jamais plus épais qu’un CD ! Aussi, nous avons contaté que, pour parcourir une centaine de km dans cette province, il ne faut pas moins de quatre heures.

Afin de stabiliser la région, une mission de l’ONU, la MONUSCO, a été mandatée pour garantir la sécurité des habitants. En RDC, on compte près de 17.000 hommes mobilisés dont les deux-tiers sont affectés dans les deux Kivus... Malgré cela, les 7.000 soldats de l’ONU présents à Goma n’ont pas pu (ou pas voulu) empêcher la prise de la ville. Les seuls signes de leur présence dans la province sont les mosquées de plus en plus nombreuses dans la région. Par ailleurs, ils sont sur le pied de guerre lorsqu’il s’agit de défendre leurs bâtiments quand la population descend dans la rue pour exprimer sa colère face à leur immobilisme. On entend souvent parler de l’installation d’une force neutre dans cette région... alors que les casques bleus sont là en nombre et que cette mission coûte très cher à la communauté internationale. Quand est-ce que celle-ci donnera enfin un mandat clair à la MONUC qui permettra une protection véritable de la population ?

Mercredi 21 novembre, à l’appel de la société civile, les habitants de Bukavu ont manifesté depuis la Place de l’Indépendance jusqu’aux quartiers de la MONUSCO et du gouvernorat, incendiant au passage les bureaux du parti du Président, le PPRD. Le Président est en effet montré du doigt face à l’invasion des rebelles du M23 qui mènent une véritable guerilla, clairement soutenus par le pouvoir rwandais. Au soir de la prise de Goma, Joseph Kabila était en pourparlers avec Paul Kagamé en Ouganda... Mais il n’a pas l’envergure ni même la volonté de véritablement défendre les intérêts du peuple congolais. En effet, nous avons pu constater que l’Etat est absent à tout niveau de la vie sociale : santé, éducation, infrastructures, souveraineté territoriale et économique... Les affaires sociales sont principalement portées par des organisations de l’Eglise, comme le BDOM qui est la référence en matière de santé dans la province et compte déjà plus de 100.000 membres affiliés à ses mutuelles de santé.

La gouvernance de l’Etat ne pourra être améliorée sans la véritable mise en oeuvre du projet de décentralisation promis lors de la dernière campagne électorale. Jusqu’à présent, les provinces sont incapables d’exercer les compétences qui leur sont attribuées, car elles ne disposent pas des moyens nécessairesn, ni même d’une crédibilité indispensable : le gouverneur est nommé par le Président tandis que le vice-gouverneur est élu par les citoyens dont le choix, au Sud-Kivu, se résume à un unique candidat désigné par le parti présidentiel !

Au regard de l’incapacité structurelle de l’Etat congolais à imposer une souveraineté nationale, le projet d’intégration sous-régional est fortement remis en cause : on ne voit pas comment un Etat aussi faible pourrait être en mesure de négocier avec ses voisins au pouvoir bien établi - voire autoritaire. En effet, l’histoire montre qu’aucun projet de développement régional impliquant plusieurs pays ne peut réussir si les Etats ne négocient pas sur un pied d’égalité. Il est dit ici, à Bukavu, que lors des soi-disantes négociations à Kampala, les Présidents de l’Ouganda, du Rwanda et du Congo sabraient ensemble le champagne pour fêter la balkanisation du pays !

Mais les Congolais ne l’entendent pas de cette oreille et nous avons pu constater que la résistance est en marche, dans les têtes comme dans les actes. Les habitants de Bukavu (dite "la frondeuse") ne se laisseront pas déloger... En 2004, c’est grâce à des actions type "ville morte" qui, pendant plus d’un mois, ont paralysé la vie commerciale et sociale que les rebelles ont fini par se retirer. Ici, l’agresseur vient toujours de l’extérieur en gangrénant la société de l’intérieur. Ceci a encore pu être vérifié lors de la prise de Goma pendant laquelle des sources ont signalé l’infiltration de 2.000 à 3.000 soldats rwandais qui, dès leur arrivée en ville, ont troqué leurs uniformes contre ceux de l’armée officielle congolaise. Par ailleurs, jeudi 22 novembre, on entendait que des infiltrés du M23 se rassemblaient à Katana, à 25 km de Bukavu... Malgré ces tentatives déguisées d’infiltrer toute la province, la société civile n’a aucun mal à les identifier. Il est de notoriété publique que de nombreux postes hauts gradés de l’armée et de l’administration provinciales ont été confiés à des Rwandais, facilitant le déclenchement de ce conflit latent depuis plusieurs mois.

En dépit de ce sombre tableau, l’espoir n’a jamais quitté les Congolais. De Kinshasa à Bukavu en passant par Kisangani, le peuple a manifesté son sentiment national profond pour dire non à une nouvelle décennie de conflits. Et partout où nous sommes passés, nous avons été impressionnés par la dignité de ce peuple qui, même dans l’adversité, continue à rire et à danser.

Jennifer et Elise

« Notre Président,
Que ton règne finisse,
Que ta volonté ne soit pas faite au Congo comme en Afrique Centrale,
Donne-nous aujourd’hui ta démission,
Pardonne-nous de t’avoir renouvelé notre confiance,
Et ne nous soumets pas à ta corruption,
Mais délivre-nous du M23. »

AMEN. :0)

Jen et Elise, les gazelles insomniaques !

P.S : pour un article sur nos aventures au Burundi, merci de patienter (petite musique d’attente téléphonique) :0)

Mots clés: Congo - Grands Lacs

6,5 jours auront suffi… Nous voilà congolais de cœur !

La Rusizi, frontière naturelle entre le Congo et le Rwanda

Après 2 jours très éprouvants, nous avons quitté le Sud-Kivu, tristes, déçus et surtout inquiets pour les personnes que nous avons laissées derrière nous. Nous avons dû dire au revoir trop tôt à nos accompagnateurs, le cœur lourd de les voir retourner vers Bukavu, ville menacée par les mouvements rebelles.

Nous avons vécu l’incertitude, le stress permanent d’une population qui depuis 15 ans, n’a pas connu de véritable paix. Mais nous gardons très précieusement en nous la leçon de courage, de ténacité mais aussi d’espoir et de résilience du peuple kivutien, qui même dans l’adversité… continue à blaguer.

Jeudi matin, sur la route vers le Burundi, nous sommes passés par les escarpements vers Uvira et nous sommes arrêtés une demi-heure… Le temps de saluer des jeunes qui nous avaient concocté un programme de feu pour le lundi (maison des jeunes de Luvungi). Dans la tension de la route, cette bulle d’air et de chaleur humaine nous a une dernière fois prouvé que le peuple congolais a le sens de l’accueil !

Comme l’a dit Luc à ce moment-là, en guise d’ultime message pour le groupe avant la séparation : « A votre retour, vous raconterez cela… Une réalité peu relayée par les médias, celle d’une population qui continue à danser et rire même dans l’adversité ».

Nous tenons à remercier de tout cœur Jean-Pierre, Luc, Jeannette, les 2 Emmanuel, Gaudens, Caroline, Solange, Zaccharie, Emile, …Mais aussi Antoine, Henriette, et tous ces gens croisés en route,… Pour leur humour, leur patience, leur organisation, leur dévouement, leur engagement sans failles !

Merci aussi à Jeannette et Jean-Jacques qui sont restés avec nous… Ils sont notre petit bout de Congo dans ce nouveau pays que l’on découvre… Le Burundi.

Nous gardons chaque jour les yeux et les oreilles ouverts pour suivre l’actualité du Kivu… Nous vous renvoyons d’ailleurs vers le blog de Colette Braeckman qui analyse très bien la situation au jour le jour, sur base notamment d’observateurs sur place que nous avons pu croiser : http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/

Mots clés: Congo - Grands Lacs
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